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03 juillet 2008

 

La formation comme premier levier du changement dans le système de la santé

L’ANFH ou Association Nationale pour la Formation Hospitalière est l’organisme paritaire qui collecte les fonds du secteur public hospitalier. Elle a pour mission de réfléchir à l’évolution des 800 000 salaries qui travaillent dans 70 métiers. C’est la première structure de ce type dans la fonction publique. Son travail s’étend sur tout le territoire grâce à ses 26 délégations régionales. Aussi possède - t’elle une vision globale et interprofessionnelle de toutes les problématiques hospitalières en France aujourd’hui. Or ce secteur vit actuellement quatre bouleversements importants, de nature différente.

a. Une mutation technologique et professionnelle liées à l’arrivée de nouveaux matériels et à des pratiques de soins différentes, nécessitant de lourds investissements et de nouvelles méthodes de travail.

b. Un changement dans le mode de gouvernance introduisant plus de transparence dans la gestion, tant dans le fonctionnement interne des établissements, la recherche des équilibres financiers, que dans l’amélioration de la relation avec le patient.

c. La mise en place de système de gestion des ressources humaines source de motivations, révélateur de compétences et producteur de performances.

d. Un choc démographique sans précédent puisque entre 2008 et 2015, 320000 départs à la retraite sont prévus, soit 40% des effectifs.

Pour faire face à ces bouleversements profonds, le plan stratégique mis en place fait de la formation le premier levier du changement avec, notamment, le développement des parcours individuels professionnalisant qui améliorent motivation et performance dans un métier et qui garantissent une mobilité et /ou une promotion.
Par ailleurs, des cartographies de compétences sont établies pour les nouveaux métiers, associées à des formations, dans les domaines du sanitaire et du social, gérées en liaison avec les conseils généraux et régionaux. Enfin, des actions spécifiques vont être menées dans le champ des soins et du suivi des personnes âgées et du handicap.

L’enjeu est considérable car il s’agit de la mise en place dans notre pays d’un système de soin efficace, ouvert à tous, centré sur le patient et équilibré financièrement. Les conditions du succès dépendent de l’intégration du savoir opérationnel comme élément de structuration des objectifs, de performance collective et de motivation individuelle.

Demos, pour sa part, y contribue largement à travers toute une série d’actions auprès des institutions hospitalières, dans le cadre du déploiement et de la mise en œuvre du plan hôpital 2012. Jusqu'alors, il ne s’agissait que de formations sensibilisant aux enjeux de la nouvelle gouvernance, ce que Demos a réalisé pour le compte de la MEAH (Mission d’Expertise et d’Audit Hospitalier) ces dernières années.

Une nouvelle vague de formations consiste à toucher un public plus large au sein de l’hôpital et à travailler sur les leviers opérationnels de cette réforme au regard de situations réelles. La gestion des équipes et des compétences au sein des pôles dans un contexte d’optimisation des activités médicales mobilisent Demos autour de démarches de formation sur mesure.

Le volet financier et financement de cette réforme avec le T2A (Tarification à l’activité) et la mise en place de l’EPRD (Etat Prévisionnel des Recettes et de Dépenses) nécessite d’accentuer la formation sur ces nouveaux mécanismes et leur impact sur les choix stratégiques et organisationnels de l’hôpital. La encore, Demos intervient activement auprès des équipes de gestion hospitalières.

Un dernier volet majeur d’acquisition de savoirs opérationnels est celui de l’évaluation, longtemps l’arlésienne des politiques publiques de santé, elle s’impose pour devenir la condition indispensable à la pérennité des dispositifs et des schémas de santé. Il s’agit pour les équipes de Demos de former les acteurs au sein de l’hôpital à la mise en place d’outils concrets d’évaluation, à la nécessité de la transparence des résultats et de leur communication avant le déploiement d’actions rectificatives.

Ce cercle vertueux de l’action publique reste encore un vaste chantier au sein du secteur médical et médico-social mais s’avère un rendez-vous que l’institution hospitalière ne devra pas manquer à l’heure où les nouvelles technologies permettent des évaluations instantanées par les internautes planétaires.

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30 janvier 2008

 

« Au commencement le savoir », Rapport de Jacques ATTALI

« Au commencement le savoir » : c’est par ces trois mots que commence le Rapport Attali présenté au Président de la République pour libérer la croissance de notre pays. Une telle expression peut prendre deux sens différents si l’on considère qu’elle détermine la nature et les orientations de ce Rapport.

D’une part elle signifie que le développement économique et social de toute communauté humaine repose sur l’émergence et l’approfondissement indéfini du savoir.

D’autre part, ces quelques mots se réfèrent à la puissance du savoir sans lequel l’observation, l’analyse et l’interprétation des faits sont impossibles. Condition nécessaire mais non suffisante pour transformer la réalité, le savoir permet de fonder des propositions grâce à la rigueur des méthodes employées et à la richesse des heuristiques présentées. Bref le savoir légitime le Rapport qui, en retour, lui accorde une importance décisive, comme force créatrice de richesse mais aussi de lien social.

Cette contribution se place dans la continuité du sommet de Lisbonne où les Etats Européens s’étaient engagés à mobiliser tous leurs acteurs publics et privés pour installer l’Europe dans l’économie de la connaissance. Des objectifs ambitieux avaient été fixés pour faire monter en compétences et qualifications la population active des Etats et ainsi donner à l’Europe la capacité de produire des biens et services à forte valeur ajoutée afin de rentrer dans le cercle vertueux de la croissance innovante.

Malheureusement la France comme beaucoup d’autres pays n’est pas encore au rendez vous (cf rapport Figel, et test Pisa évoqués dans mes blogs précédents). Jacques Attali dans ses propositions a le courage de remobiliser l’opinion sur ces enjeux en faisant de l’éducation et de la formation sa priorité ; priorité qui, loin d’être un vœu pieux, s’exprime à travers une série d’objectifs très concrets.

- L’affirmation d’une absolue nécessité : la maîtrise des savoirs fondamentaux (écriture, lecture calcul mathématique) avant la fin de la sixième.

- L’obligation, compte tenu de la diversité des problèmes liés à la mondialisation et à l’environnement, d’une forte sensibilisation à l’économie et à l’écologie.

- La pertinence de la création d’un contrat d’évolution rémunéré pour tout demandeur d’emploi qui pourra se former à plein temps pendant sa recherche d’un travail.

- Le caractère impératif de la création de dix pôles universitaires de taille mondiale capable de rivaliser avec les Facultés et les Institutions les plus renommées. Ces pôles financés par le privé à hauteur de 80% libéreraient les universités de leurs contraintes administratives et leur offriraient des moyens de recherche importants, notamment grâce à des partenariats avec le monde des entreprises ; partenariats favorisant de fait l’interactivité fructueuse et productive entre la recherche et les savoirs opérationnels (cf mon premier billet de ce blog).

- Le caractère judicieux d’un doublement des places dans les écoles d’ingénieurs afin de combler rapidement un handicap préjudiciable à notre croissance. La Chine en forme 300 000, l’Inde 450 000 et la France seulement 15 000 par an (cf blog du 19 septembre).

Outre cette série d’exigences et d’objectifs, le Rapport préconise la mise en place d’un très haut débit au domicile, comme au travail et dans les administrations. Cette mesure favoriserait l’accès au savoir, le développement et le partage de la connaissance.

C’est en effet par une plus grande maîtrise des savoirs et par leur mise en œuvre opérationnelle que soufflera un vent d’innovation sur notre pays et ses acteurs (administrations, écoles, universités, entreprises, hôpitaux,…..), source de fierté individuelle et collective.

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01 août 2007

 

interfaces entre les mondes du savoir et les individus en situation professionnelle

Notre métier consiste à gérer, mais aussi à concevoir, des interfaces entre les mondes du savoir et les individus en situation professionnelle ; cela afin d’améliorer en permanence leurs compétences et leur discernement.
L’efficacité et la fécondité des interfaces, que nous proposons aux femmes et aux hommes en situation de formation, dépendent de l’organisation et de la mise en mémoire du savoir. Vaste question qui touche à son caractère accessible, à sa compréhension et à son assimilation.

Il s’agit de faire face à un triple défi.
1. Le stockage du savoir dans des mémoires numériques qui vont de loin dépasser la mémoire neuronale des acteurs individuels et collectifs.
2. La circulation accélérée de l’information, via les nouvelles technologies, qui nécessite des processus sophistiqués de tri et d’orientation.
3. Le partage des connaissances qui suppose l’existence et le développement de communautés dont les intérêts et les modes de coopération se diversifient.

Pour qu’un tel défi puisse être relevé, il importe de disposer de langages et de repères culturels qui permettent la diffusion des savoirs dans un processus de création de valeur.
Dès lors, notre intelligence ou notre capacité à comprendre et à interpréter les savoirs doit se concevoir et se manifester de manière collective.

Je sais gré au professeur Pierre Levy, titulaire d’une chaire de recherche en intelligence collective à l’université d’Ottawa, d’avoir su mettre en évidence la richesse et la nécessité d’une telle réalité. Mais avant d’évoquer les gains et bénéfices d’une construction collective de la connaissance, il nous faut revenir aux conditions qui favorisent la compréhension et le partage des connaissances.
Pour améliorer la productivité d’une économie du savoir, d’un « système cognitif global » porté par les nouvelles technologies, il devient urgent de structurer un langage commun afin d’optimiser le travail de recherche sur tous les thèmes envisageables, jusque là exprimés dans des langages différents.

Au XIXème siècle les scientifiques et bibliothécaires avaient établi par livre des fiches de description reprenant le titre, le contenu, l’auteur et sa référence. Les chercheurs disposaient ainsi d’une base de métadonnées qui permettaient de mieux naviguer dans l’océan du savoir.
D’une façon plus générale, la construction d’une langue logique universelle qui permette la traduction de toutes les connaissances exprimées dans des idiomes particuliers constitue une préoccupation permanente dans l’histoire de la philosophie et de la science.
Depuis la Caractéristique Universelle de Leibniz jusqu’à la Syntaxe Logique de Rudolf Carnap, en passant par L’écriture des Concepts de Gottlob Frege, logiciens et mathématiciens n’ont eu de cesse d’imaginer des langages formels qui servent de cadres de référence cognitifs, épistémologiques, aux innombrables formes d’expression des langues vernaculaires.
Sans entrer dans des détails qui nous éloigneraient trop de notre propos premier, il convient simplement de souligner le souci de nombreux chercheurs et scientifiques qui souhaitent, depuis fort longtemps, disposer d’un langage universel de la connaissance, d’une métalangue formelle qui réduise les approximations et les confusions sémantiques dues à la polysémie des langues naturelles.

Cette préoccupation se poursuit avec le projet de Pierre Lévy, et de certaines équipes de chercheurs : créer un métalangage, calculable et gérable par les ordinateurs, capable de décrire et de classer des concepts. IEML (Information Economy Meta Language) est un langage mathématique compréhensible par les machines qui en géreraient l’utilisation. Il faciliterait le partage et l’enrichissement collectif des connaissances et assurerait l’interface entre les savoirs et les langues maternelles. Il sera neutre pour l’utilisateur et nourrira son propre développement en fonction de leurs envies. Chacun pourra dans sa langue maternelle produire des métadonnées et les partager avec d’autres communautés scientifiques Avec cet outil mathématique le savoir se mouvra dans un espace géométrique, nouveau champ sémantique ou les métadonnées seront positionnées et ordonnées. L’intelligence collective coordonnera ces espaces et se servira des cartes géographiques du savoir pour naviguer.
Bien évidemment, un tel métalangage heurtera des limites puisque certaines de ses métadonnées nécessiteront, dans telle ou telle configuration, explications et réévaluations : ce qui supposera un méta- métalangage. Même si l’on sait qu’il n’existe pas de « langage ultime », mais une hiérarchisation ou un emboîtement infini de métalangues – qu’elles soient formalisées et informatisées ne change rien à l’affaire – IEML contribuera de façon significative au développement de l’intelligence collective qui peut devenir un facteur essentiel d’évolution de l’humanité.

En effet, les organisations et les entreprises par la maitrise de cette intelligence collective dynamiseront leur capacité d’innovation premier facteur endogène de croissance (confère blog du 2 janvier dernier) ainsi que leurs compétences collectives ; tous deux créateurs de valeur. Les Non Profit ou les ONG verront également leurs performances s’accroitre et leurs externalités sociétales mieux se diffuser. Plus généralement, tout individu aura la possibilité, avec l’accès immédiat aux savoirs construits collectivement, d être à la fois récipiendaire, utilisateur, et aussi créateur de richesses.

Nous sommes fiers par nos activités de formation de participer, à notre échelle, à la prise de conscience de ce phénomène, mais aussi à sa construction, grâce à notre capacité à mettre en forme les savoirs pour les rendre utilisables, compréhensibles, et partageables.

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04 juillet 2007

 

La création de valeur par l’immatériel

Le succès de notre introduction en bourse a confirmé une hypothèse que j’ai évoquée à plusieurs reprises dans ce blog. Cette hypothèse peut se formuler, avec plus de force et de précision, de la façon suivante : les marchés accordent une importance croissante à la création de valeur par l’immatériel.
J’ai développé cette idée dans un ouvrage que j’ai consacré à « l’Economie du Savoir » aux éditions Demos. La part, de ce que l’on nomme désormais les actifs immatériels ou intangibles d’une entreprise, devient prépondérante dans l’économie contemporaine.


En ce qui concerne notre société, j’aimerai en préciser la nature pour mieux faire comprendre ce qui attire les investisseurs.
Nos actifs se manifestent, d’abord et avant tout, par un management très actif des informations et des savoirs qui présente les caractéristiques suivantes.
1. Il prend appui sur des bases de données interconnectées qualifiées et mises à jour en permanence.
2. Il fait en sorte que ces bases de données soient accessibles et partagées par les utilisateurs.
3. Il collecte dans l’environnement externe et interne de l’entreprise les informations et les connaissances qu’il traite et enrichit afin de les transformer en apprentissages de savoirs opérationnels.

Le développement de ce management des informations et des connaissances bénéficie d’une architecture d’actifs immatériels qui se présente sous la forme de bases de données.
- Tout d’abord une base qui comprend les contenus, les supports, les outils pédagogiques, numérisés et mis en forme sur papier, CD, et disponibles sur Internet. Cette base permet les multiples communications et transferts du savoir opérationnel et facilite son apprentissage.
- Ensuite un ensemble de données qui concerne les process qui permettent la conception et la réalisation des prestations ainsi que leur évaluation, conformément aux normes ISO.
- L’existence d’une base de données d’experts et de professionnels de nationalités différentes, qui contribuent, en amont, à la conception des contenus et des supports présentiels et distanciels, représente un avantage concurrentiel indéniable. Ces experts participent en permanence aux processus d’innovation et à la réalisation des formations.
- Enfin la base de données clients contient les propositions et les réalisations qui nous lient aux entreprises de façon interactive. Elle permet la capitalisation de nos pratiques, la traçabilité de nos actions et, par voie de conséquence, garantit une réactivité et une innovation fondées sur la mutualisation de nos expériences.

L’architecture décrite ci-dessus est portée et consolidée par deux autres actifs immatériels.
Le premier est l’image de marque qui témoigne aux yeux du marché de la qualité et de l’évolution constante de nos prestations.
Le second a trait à la diversité et à la complémentarité des savoirs et savoir faire internes de l’entreprise. Ils génèrent interactivité, coopération et innovation, dans les dispositifs d’apprentissage du savoir opérationnel.

L’ensemble de ces actifs immatériels qui participent à la création de valeur sont le fruit du travail de tous les collaborateurs permanents et externes de notre société ; collaborateurs fortement investis par le challenge de la maîtrise et de la diffusion du savoir opérationnel.
Comme des architectes ils le construisent mais savent aussi le faire évoluer grâce à leur capacité d’innovation.

C’est cet enthousiasme et ce dynamisme que les marchés ont récompensé en accueillant ainsi pour la première fois en France, à la cotation, une société de formation. C’est une grande fierté pour nous tous et pour cette entreprise que j’ai crée avec mon épouse il y a 37 ans. Je remercie chaleureusement et profondément tous ceux qui ont permis l’émergence d’une communauté professionnelle dont l’originalité et le dessein apparaissent, désormais, avec force à l’appréciation du marché.

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15 juin 2007

 

L'océan du savoir

L’accélération de production de savoir se poursuit de façon impressionnante. Examinons quelques données à ce sujet.

Aujourd’hui il existe quatre formes principales de stockages de l’information sur notre planète ; la mémoire globale actuelle entre dans une période d’évolution et de croissance accélérée sans précédent.

1. L’information présente sous forme de textes, images, photographies sur papier, représente le plus ancien des supports. Son caractère analogique rend sa croissance faible et il sera de plus en plus dominé par d’autres types de supports.
2. L’information stockée sous forme de bandes magnétiques analogiques est appelée à disparaître en raison de la révolution du numérique.
3. En revanche l’information stockée sur les disques durs magnétiques des ordinateurs double en quantité tous les ans et va jouer un rôle de plus en plus important. Très bientôt, le total de l’information sur les disques durs sera supérieur au total de l’information portée par tous les papiers du monde.
4. Enfin l’information sur les supports optiques croît à un rythme aussi élevé que celle des disques durs.

Ces constats montrent que la mémoire de l’humanité entre dans une nouvelle ère où le papier sera très largement dominé et où le numérique aura supplanté l’analogique. La capacité globale de chacun des quatre types de support évoqués tourne aujourd’hui autour de 1020 octets. Quant à la mémoire humaine naturelle cumulée (mémoire neuronale), elle est évaluée à 1018 octets ; proportionnelle au nombre d’êtres humains elle ne croîtra presque plus.

Il s’agit donc de considérer le rythme fou d’accroissement des supports magnétiques et optiques qui vont largement dominer la mémoire de l’humanité.

Dans cette optique, et en considérant les différents supports, le monde a à faire face à un déversement continu de publications qui viennent grossir l’océan du savoir et augmenter les mémoires neuronale et « exosomatique » (extérieure au corps humain et propre à la technique).

Ces dix dernières années les Etats unis ont produits près de 3 millions d’articles scientifiques contre seulement 790 mille pour le Japon, 742 mille pour l’Allemagne, 660 mille pour l’Angleterre et 500 mille pour notre pays Mais si on ne considère que les communications de très haute qualité c’est l’Angleterre qui arrive au deuxième rang. Comme je l’avais déjà signalé, le Royaume Uni, notamment grâce à des processus d’évaluations et de partenariats permanents avec les entreprises, est devenu, par la qualité et la performance de son système de recherche, le second pays producteur de savoir au monde aujourd’hui.

C’est dans l’histoire de l’humanité une évolution aussi majeure que celle vécue au seizième siècle avec les grandes découvertes. Elles ne sont maintenant plus géographiques mais scientifiques. L’océan n’est plus rempli d’eau mais d’informations formatées. Les marins et capitaines s’effacent devant les chercheurs et pédagogues. Les découvertes du seizième siècle développèrent les échanges commerciaux, la spécialisation par pays et la division du travail qui furent les facteurs de déclenchement de la révolution industrielle portée et vécue par une main d’œuvre non qualifiée.

Aujourd’hui les découvertes scientifiques provoquent des changements technologiques qui ne peuvent être assumées que par du travail hautement qualifié. C’est la conclusion du rapport de l’OMC écrit conjointement avec le BIT sur ce sujet : « Commerce et Emploi, un défi pour la recherche sur les politiques » en février 20007 . Ce n’est pas la globalisation de l’économie qui serait à l’origine des inégalités salariales mais les changements technologiques qui requièrent des hauts niveaux de qualifications mieux rémunérés.

On mesure là encore l’enjeu de notre métier; assurer l’interface entre un monde du savoir qui croît et évolue de façon vertigineuse et l’individu en situation professionnelle.

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12 juin 2007

 

Savoir et Politique

Au cours de ces derniers mois, j’ai montré la place et l’importance essentielles que prenait la formation dans notre économie contemporaine. Pour convaincre mes lecteurs de cette réalité je me suis appuyé sur des exemples aussi nombreux que divers. Je ne résiste pas à l’idée qu’il faille persévérer dans cette voie pour persuader les citoyens et les acteurs de la vie économique et sociale de l’ampleur des enjeux liés à l’économie du savoir, en général, et à la formation, en particulier.

Lorsque j’observe les réactions suscitées par l’initiative d’un ancien Premier Ministre, Jean Pierre Raffarin, pour nouer un partenariat entre l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris et son parti l’UMP, je constate combien les divisions traditionnelles des savoirs et des pouvoirs restent prégnantes dans notre société.

De fait, cette initiative était mue par la volonté et la nécessité de créer un Master de gestion politique pour améliorer les compétences des cadres de son parti, elle a généré moult réactions sur l’indépendance des universités vis-à-vis du pouvoir politique et frappé de suspicion une action vouée à l’apprentissage.

Indépendamment de la polémique, cet exemple met en évidence le besoin que manifestent aujourd’hui toutes les organisations de se servir de la formation pour améliorer leurs performances et favoriser l’innovation. Dès lors pourquoi ne pas profiter des réussites de certaines formes d’organisation en ce domaine ?

Chacun peut observer, facilement, combien la qualité du management représente un avantage compétitif pour les entreprises et combien il favorise la croissance. Aussi saisit-on mal les motifs qui empêcheraient les partis politiques de bénéficier de cette qualité. Comme ils ont en charge la réflexion notre modèle d’organisation sociale mais aussi sa réalisation et son pilotage, ils doivent pouvoir utiliser les savoir-faire des universités ou des organismes de formation dans le cadre contractuel des relations client-fournisseur.

L’accès à la gestion des compétences ne doit pas être réservé au monde des entreprises, elle peut singulièrement améliorer l’exercice des fonctions qui relèvent du pouvoir de l’Etat et qui interviennent dans les grands équilibres de la Démocratie.

Cela permettra aux mondes du savoir, de l’économie et de la politique de mieux se connaître à une période de l’histoire de l’humanité où le savoir immatériel devient le premier facteur de production ; savoir dont la maîtrise conditionne le devenir de nos Etats.

A cet égard, n’oublions pas le legs des penseurs et philosophes qui, depuis des millénaires, ont accordé au savoir une place prépondérante. Ainsi Platon, créateur de la première Académie qui, certes, célébrait le culte des muses mais dont le but premier était la formation d’hommes politiques capables de bien diriger la Cité.

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21 mai 2007

 

L'économie du savoir et prix Nobel

Depuis 1945, les Anglais ont récolté 23 prix Nobel et enrichi le savoir scientifique mondial de façon significative. Cette éminente contribution au développement de la connaissance humaine s’est réalisée avec une communauté de chercheurs assez réduite et des financements limités (1.88 du PIB pour les dépenses de recherche et développement contre 2.14 en France et 2.49 en Allemagne).

Aussi faut-il s’interroger sur l’excellence du Royaume Uni, dans l’Economie du Savoir (pays le plus performant d’Europe) ?

Trois raisons de fond expliquent cette longue réussite.

1. Un système éducatif très attractif qui permet à l’Angleterre d’accueillir chaque année 300 000 étudiants étrangers dont 5000 doctorants et post doctorants français (juste derrière les EU).

2. Un budget spécifique pour les salaires et les équipements des institutions universitaires qui garantit leur autonomie financière. Les projets sont financés par des agences publiques dans le cadre de contrats fixant des évaluations et garantissant des résultats. A ces financements s’ajoutent souvent des fonds venant de fondations privées (le Welcome Trust dispose, par exemple, d’un trésor de 16.5 milliards d’euros).

3. Des partenariats nombreux, noués avec les entreprises privées et encouragés par l’Etat Britannique, qui favorisent l’adossement de la recherche « académique » à l’innovation et le développement de liens avec de nombreux pays susceptibles d’attirer des investisseurs internationaux (notamment dans les secteurs de la santé et de l’énergie).

Le plus beau fleuron de cette réussite demeure l’Université de Cambridge, vieille de 800 ans, forte de 81 prix Nobel et deuxième université au monde derrière Harvard selon le classement de Shanghai (la première université française Paris 6 est à la 104ème place et l’Ecole Normale Supérieure à la 365ème). Cette noble institution a su créer autour d’elle la plus forte concentration de matière grise au monde selon Jeff Salomon le directeur de l’association qui gère la promotion des biotechnologies de la région.

Le modèle repose sur des universités indépendantes et des chercheurs évalués en permanence en fonction de leurs contributions.

Ainsi le savoir est bien une richesse qui se produit, se diffuse, crée de l’innovation et de la valeur. Il y a des modèles qui, plus que d’autres, facilitent son épanouissement.

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14 mai 2007

 

Innovation de rupture - Les nanotechnologies

John Bessant professeur d’innovation à l’Institut de Management de l’Université de Cranfield a mis au jour plusieurs types d’innovation. Il est venu expliquer sa vision sur le sujet aux étudiants de l’Ecole de Management de Grenoble ; Ecole qui fait désormais partie du réseau « Discontinuous Innovation Lab » qu’il a créé et qu’il promeut en France.
Lors de sa conférence, John Bessant a fait état de trois sortes d’innovation liées à l’adaptation, l’amélioration et à la rupture.
Sylvie Blanco directrice du centre pour l’innovation technologique et entrepreneuriale à l’Ecole de Grenoble souhaite faire de sa structure le lieu de promotion de « l’innovation de rupture » en France.

J’espère que nous pourrons travailler prochainement ensemble car l’innovation de rupture s’intègre dans les pratiques d’un savoir opérationnel fait de partage d’expériences et de confrontation d’hypothèses, de points de vue.
Source d’interactivité forte et de coopération avérée, le savoir opérationnel favorise l’innovation de rupture et crée de la valeur.

Dans cette perspective, il faut dans nos usages professionnels nous préparer à intégrer les nanotechnologies qui, à bien des égards, vont bouleverser nos habitudes de travail et nos modes de production et de consommation.
D’après de nombreux experts les nanotechnologies vont révolutionner l’économie mondiale, leur impact sur le stockage de l’information et la maîtrise de l’énergie sera considérable ; le marché, selon Lux Research, serait déjà estimé à 2600 milliards de dollars.

C’est probablement avec le développement des biotechnologies la plus grande mutation économique qui se prépare depuis les NTIC. Elle aura une influence considérable sur nos comportements, nos savoirs opérationnels et nos modes d’organisation.
Il nous appartient de nous y préparer.

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09 mai 2007

 

L'innovation de rupture - Cas d'école : Toyota

2007 est une date historique dans l’histoire de l’industrie automobile. Pour la première fois une entreprise japonaise devient leader dans un secteur d’activités où la domination des firmes américaines s’était toujours exercée. Toyota a détrôné la Général Motors. Aux Etats-Unis nombre d’analystes et d’institutions économiques ont voulu comprendre les causes de cet événement traumatisant.

Bien évidemment moult facteurs ont contribué au long affaiblissement de la firme américaine et à l’avènement de l’entreprise japonaise, mais il semble, selon le professeur Jeffrey Liker de l’université du Michigan qu’une raison prévale sur les autres motifs d’explication.

En effet la mise en place d’une organisation en apprentissage constant, permettant une gestion optimisée du savoir opérationnel, a constitué un objectif fondamental pour Toyota. Cette gestion qui s’inscrit au cœur de tous les processus de l’entreprise a généré plusieurs compétences collectives remarquables.


  1. L’amélioration continue de la qualité des produits grâce à une valorisation des propositions et argumentations techniques des acteurs.
  2. La lutte contre le gaspillage par une démarche de progrès qui allie observation, développement et échange de bonnes pratiques.
  3. La résolution rapide et méthodique des problèmes qui favorise l’esprit d’initiative et d’innovation.

C’est la capacité d’innovation, liée la méthode de résolution des problèmes, qui a permis à Toyota de dépasser la General Motors. L’entreprise japonaise a été pionnière dans la mise en place de l’innovation de rupture en ajoutant au « just in time » le « Pull System » qui consiste à demander aux transporteurs de livrer les achats au moment où ils doivent être utilisés, évitant ainsi toute rupture dans la chaîne de production et de vente.

Par ailleurs Toyota a appréhendé très tôt les caractéristiques d’un environnement complexe et fait de la réactivité et de l’innovation ses chevaux de bataille pour mieux se mouvoir dans un monde économique et social où les plans à long terme ont fait long feu.

Or, selon le professeur Liker, les professionnels de l’industrie automobile américaine détestaient reconnaître l’existence de problèmes que l’on excelle à détecter et à traiter rapidement chez Toyota. La démarche de progrès continu et la capacité d’innovation ont culminé lorsque l’entreprise japonaise a pris tous les constructeurs automobiles à contre-pied en lançant la Prius, première voiture hybride, largement copiée depuis.

Ainsi Toyota a mis en place un management apprenant permettant aux savoirs acquis de devenir à la fois opérationnels mais aussi facteurs d’innovation. Ce management permet l’émergence d’un travail collaboratif qui exige un fort engagement des professionnels et une recherche systématique de la profitabilité des actions entreprises.

Toutes ces raisons font que le « modèle Toyota » est très largement copié au Japon et dans le monde. Bel exemple pour nous de promotion du savoir opérationnel.

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26 mars 2007

 

Le patrimoine du savoir humain

Le patrimoine du savoir humain s’enrichit si fortement tous les jours qu’il double tous les cinq ans. Nous contribuons modestement, mais avec une forte volonté, à cet accroissement tant dans l’appropriation que dans la diffusion des connaissances.

Dans le domaine des sciences, ce patrimoine est alimenté en permanence par plus de cinq millions de chercheurs qui produisent des centaines de milliers d’articles ; objets de réflexions et de débats multiples.

La comptabilisation de cette production est suivie par des banques de données dont la plus connue appartient à Thomson Scientific qui traite cette gigantesque masse d’informations à travers ses Essential Sciences Indicators. Ces indicateurs mesurent la contribution de chaque pays. Le bilan est sans appel : les Etats-Unis produisent autant que les 4 suivants : Angleterre, Allemagne, Japon et France.

Mais la France avec un taux d’impact de 0,94, se situe loin derrière l’Angleterre (1.18) et l’Allemagne (1.10), et se trouve sous la moyenne mondiale (1).

L’un des principaux freins au développement de la recherche demeure la difficulté qu’ont les universités à concevoir et à gérer des partenariats avec les entreprises privées.

Aussi je ne peux que me réjouir de la création d’un centre de recherche commun entre l’Inria (l’Institut national de Recherche en Informatique et Automatique) et Microsoft. La vocation de ce centre, raccordé au réseau thématique qui relie les laboratoires les plus prestigieux de notre pays (CEA, CNRS, Polytechnique, Orsay), sera, notamment, de développer des synergies de recherche nouvelles.

Une telle initiative montre une fois encore que le savoir n’a pas de frontière. En effet son enrichissement, sa diffusion et son acquisition apparaissent comme des processus collaboratifs et globaux.

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26 février 2007

 

Identité virtuelle

Je maintiens mon enthousiasme sur l’économie du savoir et ses possibilités croissantes car les événements et les faits l’entretiennent constamment. Ainsi, en Corée du Sud, le pays à l’internet le plus rapide du monde, j’apprends que 17 millions de citoyens, grâce à l’outil Cyworld, ont créé leurs Avatars, c'est-à-dire de nouvelles identités virtuelles organisées autour d’une petite maison que l’on décore comme on le souhaite avec des photos, des blogs vidéos et des outils d’e learning.
Désormais sur le web chacun peut créer son double virtuel ; tel le professeur
Charles Nesson, de la très réputée Harvard Law School, qui a commencé à travers son identité virtuelle son premier cours « immatériel » de dialectique parallèle.

A propos de ces multiples réalisations virtuelles, deux considérations me viennent à l’esprit.

D’une part, la construction de toutes ces identités accroît la demande de savoir en la produisant de façon concomitante. D’autre part, les lieux de production du savoir deviennent infinis et rendent encore plus nécessaire leur organisation.

Je me répète mais je trouve qu’il s’agit d’un magnifique enjeu pour notre travail.

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23 novembre 2006

 

Innovation, plaisir et connaissance

J’examine, encore et toujours, les manifestations et conséquences de l’économie de la connaissance. Ainsi « l’innovation » est sur toutes les lèvres des économistes et des managers, pourtant une confusion subsiste quant à la signification et la portée de cette notion.
Pendant longtemps, il fut coutumier de dire qu’il n’y avait d’innovation que technologique et on liait les dépenses de la Recherche et du Développement d’un pays (généralement entre 1 et 2% du PIB) à sa capacité d’invention en ce domaine. Or aucune démonstration scientifique ne venait étayer cette logique linéaire entre ressources financières allouées et émergence de techniques nouvelles.

Comme je l’ai déjà évoqué précédemment,
l’innovation majeure de notre époque me semble se trouver au cœur des organisations humaines, dans leur capacité exceptionnelle de déploiement et de partage des connaissances. La création de valeur et la croissance résident dans la diversité et la vitesse des relations professionnelles, soutenues par des technologies, qui se nouent, se dénouent, s’établissent dans les entreprises et leurs environnements. Il s’agit de détecter des talents, de promouvoir des compétences, d’apprécier des performances, d’améliorer des managements, de créer des modes de collaboration, etc. Toutes ces initiatives, toutes ces réalisations, structurent l’entreprise et facilitent son développement. Et l’innovation nait grâce à la capacité que montre l’organisation à diffuser les connaissances et les savoirs ; vecteur de créativité partagée. Dans cette optique le plus grand défi, pour une entreprise, demeure le pouvoir d’apprentissage des nouvelles manières de faire, des nouveaux comportements nés de l’innovation. Ce pouvoir recèle une double composante : ouverture au nouveau savoir et acquisition des compétences induites.

Il est désormais possible aux patients tétraplégiques de se mouvoir en commandant à un fauteuil roulant grâce à une pile introduite dans le cerveau qui génère des impulsions électriques interprétées par un logiciel (système Braingate). A la lumière de cette réussite scientifique, on est en droit d’imaginer un implant qui gérerait l’interface entre le cerveau et des bases de données permettant une accélération de la transmission des savoirs.
Cependant une objection de taille apparaît aussitôt : l’importance du plaisir.
Car il n’est pas d’apprentissage qui vaille sans un plaisir associé : la manifestation d’un esprit de curiosité, l’affirmation d’un goût pour la découverte.
Cette objection, sous forme de constat, rend notre métier plutôt sympathique et humainement passionnant.

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