19 mai 2008
Former et éduquer sur les mécanismes économiques élémentaires
Une des raisons de la crise financière que nous traversons aujourd’hui trouve une explication dans le faible niveau de compréhension des mécanismes économiques élémentaires. Aux Etats-Unis la plupart de ceux qui s’endettaient pour acheter un bien immobilier ne réalisaient pas que leur mensualités s’accroîtraient si le taux du crédit augmentait. Cette inculture financière a malheureusement généré auprès de nombreux particuliers, qui n’ont pas su mesurer le coût évolutif du remboursement, un endettement massif.
Le résultat est accablant : plus d’un million de personnes ont vu leurs biens saisis et ne sont pas sûrs de pouvoir trouver un endroit pour se loger et l’activité du bâtiment s’est effondrée. En ce qui concerne les banques qui ont accordé les prêts, leur faillite a provoqué une crise financière semblable, pour certains, à celle de 1929. Malgré l’injection de liquidités par les banques centrales une crise du crédit impacte la croissance et risque de nous conduire à la récession.
Conscient de ce type de risque, un américain John Bryant a lancé, dès 1992, l’ association HOPE qui a pour mission de délivrer aux personnes les plus démunies, des quartiers pauvres de Los Angeles, des conseils sur les services bancaires et les crédits. Un programme éducatif appelé « Investir dans notre avenir » y est associé. Des centaines de jeunes dont des lycéens l’ont déjà suivi.
En janvier dernier en pleine crise des « subprime », le président Bush a nommé J. Bryan vice président du Président’s Council on Financial Literacy ou conseil présidentiel sur la culture financière. Il a pris en charge, cette fois sur tout le territoire américain, le soin de diffuser auprès de ceux qui en avaient le plus besoin un minimum d’apprentissage financier. Pour cela il dispose du Financial Literacy Corp réseau d’agences crée sur le modèle du Peace Corp ; association visant à promouvoir, grâce à l’éducation, la paix dans le monde. Cette initiative se construit à travers un réseau de bénévoles qui fournissent des conseils mais dispensent aussi dans les écoles ou les entreprises des cours de formation.
Voila un bel exemple de savoir opérationnel. Mais ce n’est pas le seul exemple, dans d’autres pays des programmes de formation similaires sur l’apprentissage de la gestion de ses finances personnelles se mettent en place. Le World Savings Institute,organisation qui regroupe les caisses d’épargne de 92 pays a tenu le mois dernier une conférence sur la nécessité de fournir à un maximum de personnes dans le monde une éducation financière.
Nous avons eu déjà l’occasion de le dire dans ce blog, la fracture sociale dans un certain nombre de pays résulte plus d’un manque de savoirs sociaux, économiques ou techniques que de l’indigence matérielle. Il faut saluer à cet égard le travail accompli par Jeroo Billimoria, femme chef d’entreprise, à vocation sociale qui a travaillé avec des enfants des rues en Inde. Elle a lancé une Childline ou ligne téléphonique ouverte 24 heures sur 24 qui informait et formait tous les jeunes des rues qui le souhaitaient. Beaucoup d’entre eux, ainsi aidés, acquéraient l’esprit d’entreprise et, mieux instruits, ils réussissaient. La plupart de ces jeunes ont créé leur entreprise parce qu’ils avaient notamment compris tout l’intérêt du micro crédit.
Cela renvoie à deux de mes blogs précédents, celui du 7 février 2007 ou je citais Mohamed Yunus : « le chemin de la paix passe par le développement économique », et celui du 3 août 2007 sur la rencontre que j’ai eu avec les jeunes dirigeants du Maroc. Dans le prolongement de ses premières actions, Jeroo Billimoria a développé un vaste programme d’éducation financière de base, baptisé Aflatoun, du nom d’un personnage de bande dessinée inspirée d’une vedette de Bollywood. Ce programme dispensé par l’organisation de Jeroo, Child Savings International, tourne dans onze pays dont l’Afrique du Sud, le Vietnam, le Zimbabwe et va se mettre en place dans 35 autres pays en voie de développement. C’est actuellement probablement le programme d’éducation financière le plus diffusé dans le monde. Mais grande fut la surprise de Jeroo quand la Banque Centrale Néerlandaise et la Commission Européenne lui ont demandée d’adapter Aflatoun aux pays riches.
En France, dans le même ordre d’idées, il faut saluer la création de l’IDIES (Institut pour le Développement de l’Information Economique et Sociale) qui s’est donné comme mission prioritaire de réintégrer les questions économiques et sociales dans la totalité de notre enseignement et non dans les seules filières spécifiques.
A coté des savoirs de base que sont l’écriture, le calcul et la maîtrise de la langue à l’écrit et à l’oral, il apparaît aujourd’hui comme indispensable de disposer d’un minimum de connaissances économiques et financières. Elles sont nécessaires pour se situer et naviguer dans un monde ou la création de richesse se réalise par des échanges permanents, évalués et rendus possibles par la monnaie ou l’argent. Ne pas le comprendre nous entraîne dans des jugements négatifs, nous isole, nous fragilise et nous conduit petit à petit à ouvrir une fracture sociale.
Ces considérations me ramènent 37 ans en arrière au moment de la création de Demos car les premiers cours que j’ai développés et animés auprès d’ingénieurs du groupe Thomson étaient des cours d explication de notre environnement économique. Cela est que plus que jamais d’actualité !
Et Demos y contribue actuellement largement notamment dans sa rubrique vie professionnelle et quotidienne, éligible au DIF, avec, par exemple, un stage sur la compréhension et la gestion des relations avec sa banque.
Libellés : croissance, ONG, social, économie, éducation
03 septembre 2007
L'UNIVERSITE D'ETE DU MEDEF
Tout d’abord le Medef, sous la houlette de Laurence Parisot, a fait valoir le caractère multidimensionnel de l’évolution des entreprises dans le monde contemporain. A cet égard, cette Université d’été a mis en lumière combien la réussite économique et financière d’une entreprise dépendait de sa capacité à intégrer des réalités aussi diverses que les mouvements démographiques, les révolutions scientifiques, les contraintes écologiques, les forces géopolitiques, les différences culturelles, les nouvelles technologies, ainsi que de nombreux autres facteurs environnementaux. Ces multiples dimensions étaient incarnées par des personnalités de premier plan comme, par exemple, Alpha Omar Konaré, président de le Commission de l’Union Africaine ; Jean Philippe Courtois, président de Microsoft International ; Monique Canto-Sperber, directrice de l’Ecole Normale Supérieure…
La deuxième caractéristique de cette manifestation, hors du commun, est d’avoir suscité et encouragé les débats contradictoires pour montrer la nécessité de confronter des points de vue dès lors qu’il s’agit d’appréhender la complexité du monde de l’entreprise. Ainsi l’atelier sur la « chine joue-t-elle le jeu » vit s’exprimer des conceptions et des manières d’œuvrer dans ce pays, pour le moins opposées. De même les ateliers sur le fair-play des entreprises, le rôle des monnaies, les règles de la concurrence, mais aussi ceux sur les frontières du vivant et les finalités de la conquête de l’espace, donnèrent lieu à des échanges de vue vifs et fructueux.
La première vertu de ces débats fut d’attester du caractère dérisoire de toute vision unilatérale pour appréhender les problèmes du monde, la seconde fut de démontrer, s’il en était besoin, l’extraordinaire dynamique de la connaissance qui traverse toutes les préoccupations et tous les défis des entreprises. Dans cette optique Demos témoignait, par sa présence, de l’importance de l’apprentissage et de l’économie du savoir pour le devenir des entreprises.
Enfin, devant un public aussi nombreux qu’attentif, l’Université du Medef a mis en valeur l’importance des engagements politiques pour créer des logiques et des dynamiques d’entreprises dans des cadres de références et des espaces de régulation connus, explicités, actualisés. Les interventions du président de la Commission européenne et du président de la République Française allèrent tout à fait dans ce sens et suscitèrent enthousiasme et adhésion autour de leurs propositions.
Parce que l’Université du Medef 2007 fut un événement mobilisateur, soucieux de la diversité des points de vue, et de l’importance majeure du savoir pour le devenir des entreprises, je ne peux que me réjouir de la présence de Demos à une telle manifestation.
Libellés : changement, chine, croissance, demos, entrepreneur
02 février 2007
Investir dans l'éducation et la recherche
A plusieurs reprises, dans mes interventions précédentes, j’ai insisté sur l’importance et la nécessité, pour un pays ou pour une entreprise, d’investir dans l’éducation et la recherche, deux domaines générateurs d’emplois et de croissance. Si j’ai fortement mis l’accent sur ce sujet c’est parce que je considère qu’il constitue pour notre avenir un enjeu fondamental.
Comme Thomas Friedmann aime à le rappeler, la terre est devenue plate et s’apparente à un terrain de football où chacun essaie d’attraper le ballon du savoir.
Cette compétition planétaire est fort rude et contribue à faire éclater les cadres traditionnels de la transmission du savoir. Les territoires nationaux, les institutions classiques, ne limitent plus les formes de l’apprentissage et de la recherche et ne recouvrent plus des populations limitées et homogènes.
A cet égard, plusieurs exemples, aussi variés que représentatifs, montrent l’ampleur de la compétition et les mutations profondes qu’elle entraîne.
Ainsi la Chine, par l’intermédiaire d’un fonds d’investissement, prend le contrôle de l’Ecole Supérieure des Métiers de l’Aéronautique afin de former les dizaines de milliers de pilotes et de mécaniciens dont elle a besoin dans les vingt prochaines années.
La société Infosys, numéro deux des services informatiques, crée un centre de formation capable d’accueillir 13500 stagiaires venus du monde entier. Représentant un investissement de 225 millions d’euros et s’étendant sur plus de 135 hectares, ce centre va permettre une transmission et un partage du savoir sur les technologies informatiques les plus avancées.
Aux Etats-Unis IBM investit, chaque année, 100 millions de dollars dans ses relations avec les universités, notamment avec celle de Caroline du Nord où elle participe à l’élaboration et à la production d’un cursus intitulé Gestion des Services. Dans le cadre de cette coopération elle finance des bourses pour attirer des étudiants et favoriser, par la suite, leur embauche.
Quant à la France, elle semble également s’inscrire dans ce mouvement de transformation et d’extension de l’éducation et de la recherche. La première chaire du Collège de France, créée avec des fonds privés, vient de voir le jour. Soutenue par la Fondation Bettancourt Schueller, cette chaire, dédiée à l’innovation technologique, a pour titulaire un entrepreneur de 51 ans, créateur de la société Actelion, leader mondial dans le traitement de l’hypertension.
Si l’on ajoute que l’université de Paris Dauphine vient de signer, pour quatre chaires d’enseignement, des conventions avec les entreprises AGF, AXA, Calyon, EDF et Groupama, on constate qu’une dynamique nouvelle se développe au sein de nos nobles institutions.
Ces sociétés, par ailleurs clientes de notre groupe, ont compris comme leurs concurrents internationaux que la richesse de demain se forgeait dans la formation d’aujourd’hui.
La multiplicité et la diversité des exemples évoqués doit, plus que de long discours, nous faire prendre conscience des mutations positives générées par la transformation de notre sphère terrestre en espace plat et ouvert.
Libellés : chine, croissance, emploi, innovation, recherche, éducation
08 janvier 2007
Formation, Emploi et Croissance
Deux événements ont retenu mon attention cette semaine.
Tout d’abord une enquête du CEREQ sur le lien entre emploi stable et niveau de formation. Etude fort sérieuse des parcours de 16000 jeunes, sur les 742000 sortis du système éducatif en 1998, elle confirme des observations sociales et professionnelles avérées : plus le niveau de la formation est élevé, plus la chance de disposer d’un CDI est grande.
Ainsi 93% des diplômés de l’enseignement supérieur ont un emploi, dont 85% en CDI. En revanche sur les 16% de non diplômés de cette génération, 50% seulement se trouvent en CDI. De plus, un tiers de ces non diplômés sont au chômage ou inactifs.
Une déclaration du futur Premier Ministre britannique Gordon Brown sur la priorité à donner à l’investissement formation vient renforcer mes préoccupations sur la qualification et l’emploi.
En effet, d’après Gordon Brown, dans 10ans la moitié des 6 millions d’adultes peu diplômés se retrouveront au chômage. Comme l’économie britannique a choisi l’ouverture totale au monde, nombre d’emplois qualifiés risquent d’être occupés par des non britanniques possesseurs de diplômes supérieurs.
Ces deux exemples me conduisent, une fois encore, à faire valoir les liens vertueux et indissociables qui existent entre la formation, les emplois et la croissance. Mon insistance sur le sujet n’est pas dénuée de fondement et d’actualité. Le maintien d’emplois peu qualifiés par les subventions de l’état demeure une réalité bien française. L’interrogation du Professeur André Gauron, dans le journal les Echos, sur la lente suppression par notre économie des emplois peu qualifiés, révèle une différence notable avec nos partenaires européens. Ce soutien systématique de l’état envers des emplois inadaptés à l’économie contemporaine, ne va pas sans quelques conséquences graves. Près de 20 milliards d’euros sont encore prévus cette année dans le budget 2006 au détriment des crédits de la recherche, de l’éducation et de la formation. Or, ce sont ces crédits qui permettraient à notre pays de faire face au triple défi de l’évolution technologique, de la globalisation des échanges et de la création d’emplois pérennes.
L’extrême importance de ces questions, pour le devenir de notre pays, mérite d’être soumise aux candidats à la Présidence de la République.
Libellés : croissance, emploi, formation

