19 septembre 2007
LSA - Le Savoir est une Arme
L.S.A. est un sigle qui recouvre l’expression « le savoir est une arme ». Cela pourrait être la devise d’un organisme comme le nôtre si l’on conçoit qu’il s’agit d’une arme de paix et de développement. Or, on croit se heurter à une impossibilité de fait lorsque l’on apprend que cette expression est le titre de la nouvelle chanson des « Gars de la Boussole » : un collectif de rappeurs du Havre.
Mais, les apparences étant trompeuses, le refrain de cette chanson nous fait part d’un militantisme avéré pour l’enseignement des jeunes. « C’est dans le crane que se planque notre artillerie, fais le savoir que nos mots sont des balles ». La maîtrise du langage, le pouvoir de l’expression, permettent à la jeunesse de connaître et d’agir sur l’environnement. L’intercompréhension, entre les hommes, par le médium de l’«agir communicationnel », permet d’écarter, même temporairement, la violence et de lier la recherche du savoir à la quête du sens et à la volonté de réussite.
C’est en raison d’une consciente croissante de la puissance du savoir qu’en Chine des centaines de millions de familles se sacrifient régulièrement pour offrir à leur enfant unique des études supérieures, souvent dans des universités étrangères. Ainsi plus de 400000 jeunes Chinois sont, depuis une dizaine d’années, partis étudier à l’étranger et seuls 20% d’entre eux sont revenus. Cette mobilité n’est pas sans conséquences puisqu’elle oblige des pays proches, comme l’Australie, à réguler des flux migratoires mus par une soif d’apprentissage inextinguible (plus de 30 000 étudiants chinois suivent à Melbourne un cursus universitaire).
Consciente de telles difficultés la Chine a développé une politique active de partenariat avec des opérateurs étrangers pour ses universités. Aussi, dans le cadre de cette coopération, sommes-nous fiers d’avoir signé le mois dernier un partenariat avec une des plus prestigieuses universités de Pékin : « l’université du peuple » fondée par Mao Tsé pendant sa longue marche pour former les futurs leaders du pays. .Nous développons avec eux des programmes de formation destinés aux cadres des entreprises chinoises dans les domaines du management, du leadership, de la finance, des ressources humaines et de la qualité.
Si le savoir est une arme pour les individus, il l’est plus encore pour les entreprises car il participe, de façon prononcée, à la création d’avantages concurrentiels. L’émergence, le partage et la capitalisation des connaissances contribuent, en effet, à accroître considérablement le pouvoir de création et d’intervention des entreprises.
Richard Collin, professeur à l’Emsi-Grenoble, école de management et membre de notre conseil de perfectionnement le rappelait récemment dans son interview au journal des Echos du 3 juillet dernier : le partage des connaissances et des bonnes pratiques à travers un système performant de knowledge management, en facilitant la mise en œuvre des compétences collectives, enrichit le capital intellectuel collectif et devient source d’innovation.
Enfin, pour continuer à filer notre métaphore militaire, il apparaît que le savoir est devenu pour les pays une arme essentielle. Un exemple que l’on peut considérer comme « frappant » nous en convaincra aisément.
Nous manquons cruellement d’ingénieurs , alors que la Chine en forme 300000 par an et l’Inde 450000, seuls 15000 sortent de nos écoles ! Ce cri d’alarme a été lancé par Hervé Biausser, directeur de l’Ecole Centrale de Paris dans un article du Monde du 10 aout 2007. Les enjeux sont pourtant énormes. Il s’agira d’assurer avec les ingénieurs de demain les conditions de vie, en termes d’environnement, de construction, d’énergie et de santé, des 9 milliards d’individus qui peupleront notre planète en l’an 2050 et dont 75% vivront dans les villes.
Notre souci consiste donc à indiquer que le savoir conçu comme une arme devient, à travers ses modes d’acquisition et de diffusion, une source de richesses. Merci aux « gars de la Boussole » d’avoir motivé et, en quelque sorte, mis en musique ce blog.
Libellés : apprendre, capital humain, chine, compétence, intelligence collective, université, éducation
03 septembre 2007
L'UNIVERSITE D'ETE DU MEDEF
Tout d’abord le Medef, sous la houlette de Laurence Parisot, a fait valoir le caractère multidimensionnel de l’évolution des entreprises dans le monde contemporain. A cet égard, cette Université d’été a mis en lumière combien la réussite économique et financière d’une entreprise dépendait de sa capacité à intégrer des réalités aussi diverses que les mouvements démographiques, les révolutions scientifiques, les contraintes écologiques, les forces géopolitiques, les différences culturelles, les nouvelles technologies, ainsi que de nombreux autres facteurs environnementaux. Ces multiples dimensions étaient incarnées par des personnalités de premier plan comme, par exemple, Alpha Omar Konaré, président de le Commission de l’Union Africaine ; Jean Philippe Courtois, président de Microsoft International ; Monique Canto-Sperber, directrice de l’Ecole Normale Supérieure…
La deuxième caractéristique de cette manifestation, hors du commun, est d’avoir suscité et encouragé les débats contradictoires pour montrer la nécessité de confronter des points de vue dès lors qu’il s’agit d’appréhender la complexité du monde de l’entreprise. Ainsi l’atelier sur la « chine joue-t-elle le jeu » vit s’exprimer des conceptions et des manières d’œuvrer dans ce pays, pour le moins opposées. De même les ateliers sur le fair-play des entreprises, le rôle des monnaies, les règles de la concurrence, mais aussi ceux sur les frontières du vivant et les finalités de la conquête de l’espace, donnèrent lieu à des échanges de vue vifs et fructueux.
La première vertu de ces débats fut d’attester du caractère dérisoire de toute vision unilatérale pour appréhender les problèmes du monde, la seconde fut de démontrer, s’il en était besoin, l’extraordinaire dynamique de la connaissance qui traverse toutes les préoccupations et tous les défis des entreprises. Dans cette optique Demos témoignait, par sa présence, de l’importance de l’apprentissage et de l’économie du savoir pour le devenir des entreprises.
Enfin, devant un public aussi nombreux qu’attentif, l’Université du Medef a mis en valeur l’importance des engagements politiques pour créer des logiques et des dynamiques d’entreprises dans des cadres de références et des espaces de régulation connus, explicités, actualisés. Les interventions du président de la Commission européenne et du président de la République Française allèrent tout à fait dans ce sens et suscitèrent enthousiasme et adhésion autour de leurs propositions.
Parce que l’Université du Medef 2007 fut un événement mobilisateur, soucieux de la diversité des points de vue, et de l’importance majeure du savoir pour le devenir des entreprises, je ne peux que me réjouir de la présence de Demos à une telle manifestation.
Libellés : changement, chine, croissance, demos, entrepreneur
19 février 2007
La faible présence des universités sur le marché de la formation professionnelle
Lors d’une audition menée par une commission d’enquête administrative (créée dans le cadre de la Loi d’Orientation relative aux lois de finances), j’ai mis en avant les deux causes majeures qui, selon moi, expliquent la faible présence des universités sur le marché de la formation professionnelle. Cette commission s’émouvait d’un tel état de fait, aussi ai-je rappelé combien les procédures de compatibilité publique étaient inadéquates par rapport à la réactivité du marché et combien les universités manifestaient un faible tropisme pour la marchandisation du savoir. Ce faisant, je n’ai fait qu’exprimer une préoccupation que je développe périodiquement dans le cadre de ce blog.
En effet, j’ai déjà indiqué, à plusieurs reprises, que le montant des dépenses en Recherche, en Education et Formation conditionne aujourd’hui le niveau de croissance et de développement d’un pays. Or, selon une étude de l’OCDE, l’Europe et la France sont encore loin du compte, loin de l’objectif de Lisbonne qui fixait à 3% du PIB le niveau de la R&D.
Alors que les Etats-Unis approchent les 2.7, avec 313 milliards de dollars, l’Europe stagne entre 2.2 et 2.3, aux alentours de 210 milliards.
Quand la Chine voit ses dépenses, en la matière, doubler ces dix dernières années, la France réduit ses investissements.
Pour combler ces écarts grandissants, il devient urgent, pour notre pays, de trouver des sources de financement autres que celles fournies par le budget. A cet égard, j’ai pu constater, lors d’un récent voyage en Chine, l’effort que fournissaient les universités pour trouver des financements privés, nationaux ou étrangers ; financements destinés à développer leurs travaux, principalement dans le domaine de la formation. Nous activons, d’ailleurs, plusieurs partenariats avec certaines d’entre elles.
Evoquant cette réalité devant mes interlocuteurs de la commission d’enquête, et ne voulant pas ajouter à leur inquiétude, je leur fis entrevoir quelques raisons d’espérer.
L’université de Paris Dauphine a signé plusieurs partenariats avec des entreprises pour créer de nouvelles chaires d’enseignement. Sciences Po Paris, et son médiatique directeur Richard Descoins, ont été les pionniers dans la recherche de nouvelles sources de financement.
Ces initiatives existent mais elles restent peu nombreuses. Pour accélérer le processus je fais une suggestion.
Il faudrait rendre plus solvable le Droit Individuel à la Formation (20 heures par an et par salarié) et individualiser son usage en instituant le « chèque formation ». Ce chèque pourrait être utilisé en fonction des choix de chacun dans le cadre de la réglementation. Ainsi tout salarié d’entreprise pourrait sélectionner sa formation. Dès lors les cursus universitaires diplômant trouveraient une précieuse source de financement.
Cette démarche s’inscrirait parfaitement dans l’esprit de l’accord national interprofessionnel porteur de la création du DIF (ANI 2004) ; accord qui visait à institutionnaliser le concept de professionnalisation en laissant à l’individu la pleine maîtrise de son employabilité.
Libellés : chine, DIF, employabilité, financement, formation, université
02 février 2007
Investir dans l'éducation et la recherche
A plusieurs reprises, dans mes interventions précédentes, j’ai insisté sur l’importance et la nécessité, pour un pays ou pour une entreprise, d’investir dans l’éducation et la recherche, deux domaines générateurs d’emplois et de croissance. Si j’ai fortement mis l’accent sur ce sujet c’est parce que je considère qu’il constitue pour notre avenir un enjeu fondamental.
Comme Thomas Friedmann aime à le rappeler, la terre est devenue plate et s’apparente à un terrain de football où chacun essaie d’attraper le ballon du savoir.
Cette compétition planétaire est fort rude et contribue à faire éclater les cadres traditionnels de la transmission du savoir. Les territoires nationaux, les institutions classiques, ne limitent plus les formes de l’apprentissage et de la recherche et ne recouvrent plus des populations limitées et homogènes.
A cet égard, plusieurs exemples, aussi variés que représentatifs, montrent l’ampleur de la compétition et les mutations profondes qu’elle entraîne.
Ainsi la Chine, par l’intermédiaire d’un fonds d’investissement, prend le contrôle de l’Ecole Supérieure des Métiers de l’Aéronautique afin de former les dizaines de milliers de pilotes et de mécaniciens dont elle a besoin dans les vingt prochaines années.
La société Infosys, numéro deux des services informatiques, crée un centre de formation capable d’accueillir 13500 stagiaires venus du monde entier. Représentant un investissement de 225 millions d’euros et s’étendant sur plus de 135 hectares, ce centre va permettre une transmission et un partage du savoir sur les technologies informatiques les plus avancées.
Aux Etats-Unis IBM investit, chaque année, 100 millions de dollars dans ses relations avec les universités, notamment avec celle de Caroline du Nord où elle participe à l’élaboration et à la production d’un cursus intitulé Gestion des Services. Dans le cadre de cette coopération elle finance des bourses pour attirer des étudiants et favoriser, par la suite, leur embauche.
Quant à la France, elle semble également s’inscrire dans ce mouvement de transformation et d’extension de l’éducation et de la recherche. La première chaire du Collège de France, créée avec des fonds privés, vient de voir le jour. Soutenue par la Fondation Bettancourt Schueller, cette chaire, dédiée à l’innovation technologique, a pour titulaire un entrepreneur de 51 ans, créateur de la société Actelion, leader mondial dans le traitement de l’hypertension.
Si l’on ajoute que l’université de Paris Dauphine vient de signer, pour quatre chaires d’enseignement, des conventions avec les entreprises AGF, AXA, Calyon, EDF et Groupama, on constate qu’une dynamique nouvelle se développe au sein de nos nobles institutions.
Ces sociétés, par ailleurs clientes de notre groupe, ont compris comme leurs concurrents internationaux que la richesse de demain se forgeait dans la formation d’aujourd’hui.
La multiplicité et la diversité des exemples évoqués doit, plus que de long discours, nous faire prendre conscience des mutations positives générées par la transformation de notre sphère terrestre en espace plat et ouvert.
Libellés : chine, croissance, emploi, innovation, recherche, éducation

