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Le savoir est-il désormais arrivé à portée de main ?

26 mai 2011
Telle est la question que se pose Pierre Caspar dans son livre « La Formation des Adultes, Hier, aujourd’hui, demain », publié aux éditions Eyrolles. Il y répond immédiatement en expliquant que ce qui est à notre portée, ce sont des données innombrables qui ne sont pas encore des savoirs.
Pour qu’elles deviennent savoirs d’abord puis connaissance ensuite, elles doivent subir un process d’assimilation par l’individu, que l’éducation pour les jeunes puis la formation pour les adultes organisent et facilitent.
 
C’est l’histoire de l’apparition en France de la formation des adultes que Pierre Caspar raconte et décrit dans son passionnant et bouillonnant ouvrage. Acteur engagé et majeur de son développement, il nous livre un témoignage fort, celui d’un ingénieur des mines qui a utilisé son talent et son savoir-faire pour construire progressivement une ingénierie d’apprentissage génératrice d’acquisition de compétence.
Trois axes majeurs rythment cette aventure, depuis la création du CUCES (Centre Universitaire de Coopération Economique et Sociale) créée par Bertrand Schwartz dans l’après-guerre, jusqu’à l’apparition des nouvelles technologies, des réseaux sociaux et du Web 2.0 dans le processus d’apprentissage :
- L’acquisition de savoir se situe dans l’action
- L’acquisition du savoir se situe dans une logique économique
- L’acquisition du savoir se fait à tout moment et n’importe où
 
La Formation s’organise autour de process définis par une ingénierie pédagogique qui organise le lien entre acquisition de compétences et action ou situation de travail. Cela prend comme noms : étude de cas, résolution de problèmes (Problem Based Learning), jeux de rôles ou simulation. Pour Pierre Caspar, la dimension sociétale est au sein de cette « formation action » : « Ce ne sont pas seulement de nouvelles compétences que l’on acquiert. C’est aussi prendre conscience que chacun de nous, à travers ses actions, touche à la vie des autres comme il est lui-même affecté par leurs comportements. »
Ici se profile toute la dimension humaniste qui accompagne le développement de la formation en France et qui, avec Jacques Delors d’abord, conduira à la loi de 71, puis plus récemment aux accords de 2003 portant sur la création du DIF. C’est la double vertu de ce métier : être source de création de richesse, pour l’entreprise et pour l’individu.
 
Le champ économique pénètre petit à petit le monde de la formation. Les concepts économiques formatent le champ de l’apprentissage. Ils ont pour noms : évaluation, investissement formation, mesure du résultat ou ROI et compétence. Ce dernier, apparu en France à la fin des années 1980, très largement porté par la direction Formation du MEDEF et par son directeur Alain Dumont, résume bien le lien entre acquisition de savoirs et output économique : la compétence, concept dynamique, mesure  la capacité que possède un individu à mobiliser ses savoirs, savoir-faire et savoir-être, acquis par l’éducation ou la formation, en situation professionnelle. La GPEC (Gestion Prévisionnelle des Emplois et Compétences) et la gestion individuelle des rémunérations viennent alors de naitre et ouvrent une nouvelle ère à la gestion des ressources humaines. Citons à nouveau Pierre Caspar : « Les mutations les plus profondes du champ de la formation viennent probablement de son intégration croissante dans l’ensemble des processus de gestion et de développement des ressources humaines ».
Plus encore, le niveau de compétences d’une population au travail devient constitutif du capital humain d’une entreprise. La compétence est une ressource précieuse et rare, il convient donc de la préserver et de la renouveler. L’entreprise s’inscrit alors dans une logique de développement durable. En soixante ans, la formation est passée du statut d’outil d’apprentissage à celui de  facteur constitutif du capital immatériel d’une organisation.
Mais l’aventure n’est pas terminée : tout est formation ou objet de formation. Pierre Caspar pose la question : « Est-on conscient que de nos jours, il devient potentiellement possible de rendre formatrice la plupart des situations professionnelles ? » La société devient cognitive et les savoirs se distribuent, se répartissent, s’échangent et se reconstruisent à travers des milliers de réseaux et de groupes collaboratifs. L’apprentissage devient organisationnel. La pédagogie évolue d’une logique bilatérale (relation professeur - stagiaire) vers une relation multilatérale, où les stagiaires apprennent entre eux, partagent les bonnes pratiques, accèdent immédiatement à des bases de données et où le formateur devient un médiateur ou facilitateur.
 
Certes, pendant cette période le formateur a peut-être perdu son monopole dans le transfert du savoir, puisque maintenant tout est lieu et objet de formation. Mais il reste au cœur de l’analyse et de la construction des process éducatifs qui facilitent la capacité à acquérir par l’individu lui-même les savoirs à portée de main pour les transformer en connaissances et en font un « homme cognitif ».
 
Merci à Pierre Caspar.
 

# Ecrit par Jean Wemaëre @ 18:13        
0  Commentaire  |  Liens vers ce message  |  Mots-clés : Apprentissage, Apprentissage organisationnel, Capital humain, Changement, Compétences, Connaissance, Création de valeur, Développement durable, Economie, Education, Entreprise, Formation, Formation tout au long de la vie, Partage de savoirs et de connaissances

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