
D’après Francis Wolff dans son ouvrage D’Aristote aux neurosciences, publié chez Fayard et commenté par Roger-Pol Droit dans le journal Le Monde du 12 novembre, il y aurait quatre figures de l’homme dans l’histoire de la pensée occidentale.
- La première serait celle de l’homme rationnel qui avec Aristote utilise de façon organisée les mots et les concepts, ce qui devient le langage ou (Logos), et permet le raisonnement.
- La seconde serait celle de l’homme frappé d’éternité par son âme qui reste uni à son corps, ou l’homme tourné vers Dieu qui vit par les cathédrales qu’il construit.
- La troisième est celle où l’homme se tourne vers les autres et essaie d’analyser la société par les sciences humaines, les analyses relationnelles ou structurales. C’est l’homme « assujetti » au déterminisme historique ou à l’universalité des valeurs.
- La dernière, ou l’actuelle, serait celle de l’homme « animal comme les autres » inscrit dans son évolution biologique, déterminé par son génome, instrumenté par ses neurones et porté par sa puissance cognitive.
Après l’homme neuronal de Jean Pierre Changeux, voilà l’homme cognitif d’Annick Weil-Barrais.
L’homme prend conscience que ce n’est ni le langage, ni son âme, ni le corps social qui sont premiers, mais d’abord son cerveau qui lui permet de percevoir, de communiquer, de mémoriser et d’apprendre. Cela ne détruit pas les autres approches, elles sont complémentaires, mais il apparait aujourd’hui que la priorité est donnée au cognitif.
Pendant longtemps le fonctionnement du cerveau était une énigme. En le comprenant mieux grâce aux travaux entrepris depuis trente ans dans les sciences cognitives, on découvre sa place et mesure son importance.
Issu d’une longue évolution naturelle, notre système neuro-endocrinien conditionne profondément nos capacités d’apprentissage, comme l’a montré Jean-Didier Vincent. Que notre cerveau traite de manière similaire les émotions liées au dégoût physique et au dégoût moral, par exemple, n’est pas sans suggérer des
stratégies pédagogiques originales.
C’est bien cette réflexion que nous essayons de faire partager avec les conférences de l’Institut DEMOS en partenariat d’abord avec la revue Sciences Humaines, puis avec le Collège de France, et notamment les travaux du professeur Berthoz sur la décision, ainsi que ceux de Christian Schmidt sur l’analyse neuroscientifique du comportement des traders.
Alors l’homme cognitif donne au savoir son mode de fonctionnement et donc son opérationnalité.
La photo « Neurons, In Vitro Color ! » est sous licence Creative Commons et disponible ici.