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Emotion et rationalité dans la décision collective

23 juin 2009
J’ai assisté, la semaine dernière, à la conférence organisée par l’Institut Demos, en collaboration avec le professeur Alain Berthoz, titulaire de la chaire de physiologie de la perception et de l’action au Collège de France. Cette conférence pouvait donner l’impression d’un vertige intellectuel, puisqu’elle s’intitulait « émotion et rationalité dans la décision collective ».
Or cette appréhension a été vite dissipée, car les deux intervenants exerçaient des responsabilités très concrètes au sein des entreprises.
Le premier, Guillaume Thibault, travaille simultanément au sein d’EDF et dans le laboratoire de recherche d’Alain Berthoz, et le second était encore récemment président-directeur général de Wavin France, entreprise spécialisée dans le transport et l’évacuation des eaux, par ailleurs cliente de notre Groupe.
 
Les interventions proposées clôturaient le cycle de conférences sur la décision collective, proposées cette année par l’institut Demos.
 
J’aimerais faire part de quelques réflexions à propos de l’exposé de Guillaume Thibault, pour au moins trois raisons.
  1. L’influence grandissante des Nouvelles Technologies dans les processus de coopération inter et intra entreprises. 
  2. L’émergence et l’affirmation du rôle des communautés professionnelles dans le traitement et le développement des activités professionnelles.
  3. L’évolution des formes d’apprentissage par rapport aux facteurs technologiques et sociaux énoncés ci-dessus.
En se référant à un problème technique et technologique complexe que l’entreprise EDF devait résoudre dans un temps très court, Monsieur Thibault a montré à un parterre de professionnels aguerris l’incroyable puissance de simulation des nouvelles technologies ; simulation des espaces et propriétés physiques, des processus de travail, des temps d’intervention technique et managériale…Ce faisant, il a mis en lumière les possibilités de coordination et d’ajustement entre des professionnels possédant des expertises et exerçant des responsabilités très différentes.
 
En effet, à travers un exemple très précis, Monsieur Thibault a fait valoir l’idée d’une communauté professionnelle qui se constitue, évolue et se renforce au fur et à mesure de l’avancée d’un projet et de la réalisation de travaux simultanés et successifs. Dès lors, la communauté professionnelle, qu’elle se réfère à des savoirs, des pratiques ou des projets, n’apparaît plus comme un mythe ou un idéal, mais révèle de nouvelles formes de travail et de coopération aisément observables.
 
S’il existe de nouvelles formes d’activité professionnelles de plus en plus portées par des communautés, cela vaut également pour l’apprentissage, en général, et la formation, en particulier. A cet égard, la démonstration de Monsieur Thibault fut probante, puisque la résolution collective du problème que les professionnels d’EDF devaient résoudre passait par une transmission et un partage de connaissances incessants.
 
A l’issue de cette conférence, j’ai été tout naturellement conduit à réfléchir aux évolutions présentes et à venir des métiers de la formation professionnelle. Pour l’heure, il me semble important de considérer la réalité suivante.
 
Grâce aux nouvelles technologies collaboratives (notamment celles qui se déploient sous l’appellation Web 2.0), le poids et l’influence des communautés professionnelles dans l’acquisition des savoirs opérationnels vont croître de façon importante. Cela signifie que la formation va s’effectuer, pour une part non négligeable, dans le cadre de communautés réalisant des affaires et des projets au sein des entreprises ou des réseaux d’entreprises. Dans cette perspective, les apprentissages seront intégrés à l’activité professionnelle; ils s’effectueront dans le mouvement même des processus de travail coopératifs : la résolution collective de problèmes en est un exemple.
 
Aussi notre rôle d’entreprise de formation va-t-il s’enrichir ; dorénavant, il va falloir aider les entreprises à constituer, équilibrer et faire œuvrer des communautés professionnelles recouvrant des expertises et des responsabilités très diverses ; un défi qui réclame des compétences à la fois larges et très structurées. Je suis fier et impatient de voir Demosgroup se doter de toutes les ressources pour accompagner une évolution aussi profonde de la formation.
 

# Ecrit par Jean Wemaëre @ 17:34        
1  Commentaire  |  Liens vers ce message  |  Mots-clés : Connaissance, Savoir opérationnel, Technologie, Apprentissage

par  dGuy DEBAUX du Sunday, 28 Jun 2009 - 09:27
merci pour ce post! je regrette tant de n'avoir pu y participer, j'avais tant apprécié la lecture de l'ouvrage d'Alain Berthoz "la décision". Il est salutaire de pointer le rôle clé de la formation, et d'une démarche globale de changement, quand il s'agit d'organiser les process collaboratifs et de mettre en oeuvre les outils web 2.0. Je connais bien des entreprises où des managers, drappés de la respectabilité d'une "gestion par objectif", se contente de jetter quelques outils IT au peuple, pensant ainsi avoir atteint leur objectif (qui serait du genre "mettre la solution x à disposition des cadres et employés des secteurs A et B"). Les règles du jeu sont changées, la notion d'objectif et performance individuels est caduque. Les DRH ont du pain sur la planche, mais l'enjeux est de taille! Regardez l'étonnante diversité des situations: par ex., chez Daone, c'est la DRH qui a initié, piloté et dynamisé la mise en place de ces solutions. Valorisation de l'individu (logique Facebook) par le collectif (process collaboratifs), qui facilite -en temps réel et à bas cout- l'émergence d'idées nouvelles et le signalements de faits ou tendances (intelligence économique) qui seraient restés ignorés. Une des dimensions limites de l'exercice étant la sécurité informationnelle: comment ne pas exposer les infos sensibles de projets en cours à la concurrence (ou bien, organiser les fuites dans une stratégie d'influence)?

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