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La démarche collective de la VAE

24 février 2009

La loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002 a institué la possibilité pour toute personne de faire valider les acquis tirés de son expérience professionnelle par un diplôme délivré par l’Education Nationale ou inscrit au RNCP (Répertoire National de Certification Professionnelle).

 

Ainsi est née en France la V.A.E (validation des acquis de l’expérience). Ce dispositif prolonge et complète l’instauration en 1991 du Bilan de Compétences. A cette époque, la France souffrait d’une population au travail peu diplômée par rapport à celles des autres pays de la Communauté Européenne. La prise en compte de compétences exercées à travers l’emploi se transformait parfois en acquis professionnels que l’on pouvait faire valider (VAP) par un Certificat de Qualification Professionnelle reconnu par la branche professionnelle concernée.

 

On espérait ainsi réduire les écarts avec nos partenaires. Parallèlement, les Anglais mettaient en place un système de validation de qualifications répertoriées pour toute une série d’emplois, et ce par une tierce partie.

Ce que l’on appelle les NVQ (National Vocational Qualification) voyaient le jour. Elles ont fait l’objet d’une présentation détaillée dans un livre écrit par mon ami Serge Ravet et édité par nos soins. La reconnaissance par un bilan individuel de compétences mis en œuvre dans son travail a par ailleurs initié les premières politiques de management par les compétences retracées dans un ouvrage publié aux Editions Demos (cf La gestion des compétences : analyse des pratiques et prospectives, de Jacques Picard) et instrumenté le début de la GPEC.

 

La VAE a élargi le champ à toutes les situations de vie personnelles ou professionnelles, notamment pour tenir compte des implications dans le bénévolat, l’associatif ou la représentation sociale ou politique.

 

Malheureusement ce droit individuel a du mal à trouver sa place. Depuis 2003 seulement 77 000 validations ont été délivrées. C’est peu comparé au million de validations de qualifications assurées chaque année en Grande-Bretagne par le NVQ. Le rapport d’évaluation de la VAE, présenté en septembre dernier par M. Eric Besson, Secrétaire d’Etat chargé de la prospective, à M. Xavier Bertrand, Ministre du travail, constate entre autres des lourdeurs dans la procédure, qui découragent les candidats potentiels et font s’arrêter ceux qui avaient déjà réalisé différentes étapes. Ainsi, selon une étude de la DARES en 2006, sur 48 000 candidats qui concouraient pour 700 titres ou diplômes, il n’y a eu finalement que 26 000 certifications établies.

 

Ce droit a du mal à s’exercer individuellement. Cela suppose, pour le salarié ou le demandeur d’emploi, d’être d’abord informé, puis de choisir parmi 5 000 diplômes ou titres répertoriés celui qui correspond à des compétences qu’il n’a souvent pas encore évaluées. Enfin il s’agit de remplir un dossier compliqué qui, s’il est accepté, lui ouvrira le droit à la candidature. On mesure bien la difficulté pour quelqu’un d’initier seul une telle démarche. L’enquête effectuée par le Centre d’Etudes de l’Emploi, et récemment publiée, explique pourquoi les réussites de VAE sont le résultat d’une démarche collective portée par l’entreprise ayant identifié une population spécifique à promouvoir ou à reconvertir sur d’autres fonctions, en capitalisant sur des compétences transverses reconnues.

 

Seb Moulinex a ainsi préparé 19 salariés, en collaboration avec l’AFPA, à des titres de niveau V du ministère du Travail : agent de Fabrication (AFI), conducteur d’installation et de machines automatiques (CIMA), et cariste d’entrepôt (CE). Autre exemple, La Fnac, en liaison avec l’Education nationale, a permis à 250 salariés d’obtenir un diplôme bac pro commerce (métiers de la vente), bac pro service (métiers « service client »), ou bac pro logistique (métier de la réception de marchandises et du stock). Enfin McDonald’s prépare ses directeurs de restaurant à un diplôme bac +3 en liaison avec la CCI de Versailles et l’ESC de Rouen. A travers ces trois exemples, on prend conscience que le développement de la VAE dans notre pays est lié à la mise en place d’une GPEC dans les entreprises qui soit associée à des opérateurs de formation facilitant le repérage des compétences et aidant à leur validation.

 

Les partenaires sociaux l’ont d’ailleurs bien compris, puisque les accords de la fin de l’année dernière prévoient la systématisation des politiques de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences dans les entreprises.

La VAE devient alors une démarche collective dans son organisation, mais exercée individuellement. Elle est le fruit d’une coproduction entreprise-salarié. L’entreprise mobilise ses ressources humaines pour ses challenges futurs et accroît sa performance collective, tandis le salarié gère mieux son employabilité par la reconnaissance de ses propres compétences et en garde la traçabilité ; preuve d’une formation à l’œuvre tout au long de sa vie.

 

# Ecrit par Jean Wemaëre @ 14:41        
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