26 décembre 2007
Ne jamais dissocier l’activité professionnelle de l’économie du savoir
Que peuvent avoir en commun deux phénomènes de société aussi différents que la crise des subprime et les irradiés d'Epinal ?
La première est apparue cet été avec la chute du marché immobilier américain. L’origine de cette chute tient à l’impossibilité pour les emprunteurs de rembourser leur dette ; impossibilité qui a provoqué une grave crise mondiale de liquidités dont nous subissons les conséquences.
Le second phénomène relève d’une faute technologique grave. L’erreur de réglage d’un appareil de radiothérapie a provoqué une irradiation beaucoup trop forte sur des patients traités pour un cancer. Ces derniers souffrent désormais d’un mal plus incurable que le cancer puisque leur organisme tout entier subit un dérèglement cellulaire.
La description des deux phénomènes ne laisse, a priori, entrevoir aucun lien entre eux. Pourtant, il existe au moins une cause qui leur est commune et qui a trait au partage et à la gestion des connaissances au sein des communautés professionnelles concernées par ces dysfonctionnements majeurs.
Dans les deux cas il s’agit d’une ignorance coupable des processus et des procédures censés structurés les domaines d’activité.
Dans la crise immobilière les banques ont sous-évalué, par manque de connaissance, l’importance des Hedges Funds et leur vitesse de désengagement.
Dans le second exemple, une connaissance notoirement insuffisante de la langue anglaise a conduit à une interprétation erronée de la notice de fonctionnement de l’appareil de radiothérapie.
Recherche et traitement de l’information, d’une part, partage et validation d’un savoir, d’autre part, se sont avérés faibles car il n’existait pas de gestion des connaissances, structurant les activités des communautés professionnelles concernées.
Les phénomènes et événements évoqués montrent, une fois de plus, la nécessité de ne jamais dissocier l’activité professionnelle de l’économie du savoir qui en conditionne le déroulement et le développement.
Comme souvent, dans l’histoire économique et sociale, les crises et les accidents provoquent des réactions salutaires. Ainsi la BNP vient de créer avec HEC un centre d’études et de recherches dédié aux hedge funds. C’est le premier du genre en Europe. Il permettra de mieux comprendre leur fonctionnement et leur stratégie, et ce, sans a priori défavorable car ils deviennent de plus en plus les premiers instruments de la gestion financière mondiale. En effet, il en existe déjà 800 au Royaume Uni contre 1 en France.
En revanche le cas de l’appareil de radiothérapie génère plus d’interrogations que de solutions. Quand on sait, par la DARES, que sur le demi million de salariés qui doivent, en France, utiliser une langue étrangère la plupart d’entre eux la pratiquent avec beaucoup de difficultés, on mesure tout l’effort à entreprendre dans ce domaine pour éviter de tels drames.
Par ailleurs, l’étude de la DARES confirme que si 62% des personnes, en proie à des difficultés, ont suivi des formations seuls 10% d’entre eux les ont réalisées dans le domaine linguistique.
A une époque ou notre pays est de plus en plus dépendant du monde extérieur la maîtrise d’une langue étrangère devient indispensable. Le nouveau droit à la formation mis en place par les partenaires sociaux en 2004 (DIF) trouve ici toute sa justification.
Voila deux exemples qui illustrent bien l’importance du savoir opérationnel comme facteur de prévention des crises ou des drames et d’accompagnement de notre développement.
10 décembre 2007
Etude PISA : évaluer leur capacité à appréhender et à comprendre les problèmes scientifiques
Une étude a été réalisée auprès de 4500 de nos collégiens et lycéens, âgés de 15 ans, pour évaluer leur capacité à appréhender et à comprendre les problèmes scientifiques. Elle s’est effectuée dans le cadre du Programme for International Student Assessment (P.I.S.A) ; programme qui investigue la compréhension d’un problème scientifique à partir de trois critères.
1. La capacité d’identification d’un phénomène scientifique.
2. Le pouvoir d’explication dudit phénomène.
3. La faculté de tirer toutes les conséquences utilisables de l’explication du phénomène.
Les résultats de cette étude sont, pour le moins, alarmants. La France rétrograde de la dixième à la dix-huitième place sur les 30 pays de l’O.C.D.E.
Dans ce classement la France est devancée par la Finlande, qui arrive première devant Hong Kong et le Canada, mais aussi par le Japon, Taiwan, les Pays Bas, l’Estonie.
On imagine aisément les impacts d’une telle régression, dans la compréhension et le traitement des problèmes scientifiques, sur la croissance future de notre pays. La conséquence directe, la plus immédiatement concevable, sera une pénurie croissante d’ingénieurs dans les prochaines années. En effet, il nous faudra pour faire face à nos besoins aller rechercher, si nous y mettons le prix, des ingénieurs chinois ou indiens.
Mais, avant même d’envisager de traiter des conséquences somme toute prévisibles et contrôlables, il nous faut aborder un problème autrement plus préoccupant, révélé par le classement, qui défie notre rationalité et notre pragmatisme.
Ce problème est le suivant : selon les statistiques de l’O.C.D.E, la France dépense dans la formation initiale largement plus que la moyenne des autres pays, et ce, au détriment de l’enseignement supérieur.
Quelles que soient traditions historiques susceptibles d’éclairer cet état de fait, il n’en demeure pas moins que nous nous trouvons devant une réalité qui défie la raison et la pratique. Quoiqu’il advienne notre système d’éducation et de formation sera désormais confronté aux réalisations des autres pays.
L’acquisition de savoir relève maintenant de process et d’organisations qui, au niveau mondial, sont évalues et classés. Toutes une série d’indicateurs de mesure se sont développés depuis 10ans .Pour les universités les classements se font à partir du nombre de travaux de recherche repris dans la communauté scientifique ou des demandes des entreprises en termes de propositions d’embauches. Pour les lycées il y’a maintenant le test constitué par le Programme for International Student Assesment.
Bref toute action d’apprentissage se trouve dorénavant soumise à comparaison et à évaluation.
Pour nos entreprises de formation, l’évaluation est inhérente à nos actions à la fois pour le participant et pour le commanditaire.
Ainsi le suivi individualisé des parcours recouvre trois étapes.
1. Un bilan professionnel avant l’action.
2. Un accompagnement de la personne durant toute sa formation par un tuteur.
3. Une évaluation des compétences acquises à la fin, formalisée, le cas échéant, par un diplôme ou un certificat.
Cette démarche se réalise aussi bien en présentiel qu’à distance avec les nouvelles technologies.
Mais l’évaluation ne s’arrête pas là, elle se poursuit plus tard sur le poste de travail quand, de concert, le manager et son collaborateur apprécient les effets de la formation sur la performance professionnelle.
Enfin, pour compléter le tout, des indicateurs de performance collective sont mis en place comme le taux d’accroissement des ventes pour une population de commerciaux ou le taux de réduction des pannes pour une équipe de production ou encore l’amélioration du taux de satisfaction du client. Ces exemples montrent concrètement combien le processus d’évaluation est présent lors de toutes les phases de l’acquisition de compétences. Cela devient une démarche incontournable pour tous les acteurs, publics ou privés, intervenant en formation initiale, supérieure ou professionnelle ; tous intègrent ce processus d’évaluation continu.
Certes je comprends que dans le pays de Jules Ferry qui a largement milité et contribué à promouvoir la diffusion du savoir et l’éducation dans le monde, cette confrontation soit difficilement acceptable. Mais l’acquisition de savoir relève maintenant de process et d’organisations qui au niveau mondial sont évalués et classés.
Toutes une série d’indicateurs de mesure se sont développés depuis 10ans.
Pour les universités les classements se font à partir du nombre de travaux de recherche repris dans la communauté scientifique ou des demandes des entreprises en termes de proposition d’embauche.
Pour les lycées il y’a maintenant ce test Pisa.
Pour nos entreprises de formation, l’évaluation est inhérente à nos actions à la fois pour le participant et pour le commanditaire.
Avec le suivi individualisé des parcours nous pouvons procéder à un bilan professionnel avant l’action, accompagner la personne durant toute sa formation par un tuteur et évaluer les compétences acquises à la fin en le formalisant le cas échéant par un diplôme ou un certificat Cette démarche se réalise aussi bien en présentiel qu’à distance avec les nouvelles technologies.
Mais l’évaluation se poursuit plus tard sur le poste de travail quand de concert le manager et son collaborateur apprécie le résultat de la formation sur la performance professionnelle. Enfin des indicateurs de performance collective sont mises en place du type de taux d’accroissement des ventes pour une population de commerciaux ou du taux de réduction des pannes pour une équipe de production ou encore l’amélioration du taux de satisfaction du client.
Par ces exemples on mesure concrètement combien le processus d évaluation est diffusé à toutes les phases de l’acquisition de compétences . Cela devient une démarche incontournable et tous les acteurs qui y contribuent publics ou privés intervenant en formation initiale ,supérieure ou professionnelle y sont astreints.
L’enjeu pour la diffusion du savoir et son appropriation est devenu aujourd’hui majeur pour les individus ,les organisations et les Etats or le processus d’évaluation ne peut être ni évacué ni rejeté car il est consubstantiel de celui de l’acquisition.
Puisque l’éducation est un phénomène global et continue permettons alors aux acteurs que nous sommes, forts de leur expérience dans ces pratiques d’évaluation , d’apporter notre concours en partageant notre expérience et nos outils.
La performance collective de notre pays en sortirait renforcé et nos lycéens aimerons mieux, puisqu’ils les comprendront davantage, les problèmes scientifiques.
Libellés : académique, apprendre, formation, science
05 décembre 2007
3 facteurs pour un enjeu stratégique
Le secteur nucléaire et le secteur de la formation ont partie liée. Une telle affirmation peut sembler étrange, voire incongrue, elle repose, cependant, sur des observations et une analyse fort sérieuses. L’examen du développement du secteur nucléaire met, en effet, au jour des évolutions très fortes, lourdes de conséquences.
Le secteur nucléaire est entrain de connaître un développement sans précédent ; Il se construira dans les vingt prochaines années autant de centrales que pendant tout le XXème siècle. Tous les pays sont concernés la France, bien sur, mais aussi la Grande-Bretagne, la Russie, le Japon, l’Afrique du Sud, les Etats-Unis, le Brésil et la Chine qui, à elle seule, envisage d’en installer 38 !
Un tel développement est du à trois facteurs principaux :
1. La demande d’électricité explose, notamment avec la montée en puissance des économies chinoises, indiennes et brésiliennes.
2. Les ressources en pétrole s’amenuisent d’année en année alors que les besoins en énergie croissent dans le monde entier ; conséquence : les prix du pétrole augmentent et continueront à augmenter.
3. La lutte pour réduire les échappements de CO2 et limiter l’effet de serre contraint l’ensemble des pays à trouver rapidement des énergies de remplacement.
Ces trois facteurs, concourent au fait que la course au nucléaire civil a véritablement commencé. Ce n’est pas sans risque mais il s’agit d’une course vers une énergie propre, conservatrice, à certains égards, de notre environnement. D’une façon plus générale, la recherche et l’action sur les noyaux atomiques et cellulaires ne cessera plus et marquera au vingt et unième siècle tous les secteurs de la science et de la technologie. Aussi, est-on en droit de penser que ces multiples recherches et actions impactent, dans son ensemble, l’économie du savoir.
Or l’industrie nucléaire n’a nullement anticipé toutes les connaissances et toutes les compétences dont elle a besoin pour mener à bien son développement ; curieuse situation pour un secteur d’activités au sein duquel la Recherche et Développement joue un rôle majeur. C’est pourquoi la prospection de compétences constitue, désormais, un enjeu stratégique car la pénurie menace.
Faute de ne pas avoir anticipé l’ampleur du développement de l’industrie nucléaire, nombre de projets vont manquer cruellement de ressources qualifiées. C’est un sujet crucial dit on chez Areva. La situation est critique à l’EDF. Suez qui gère 7 centrales nucléaires doit embaucher d’urgence 700 ingénieurs et techniciens. Le directeur des études RH d’Aréva, qui doit trouver, pour 2008, 1000 ingénieurs et cadres, M Jean Cassingéna, explique que tous les acteurs du secteur sont confrontés au même phénomène et qu’il faut rapidement repenser les capacités de production, les dispositifs de recrutement et de formation.
Mais dans un contexte démographique défavorable, avec une concurrence des établissements financiers et des SSII et une faible quantité d’ingénieurs formés chaque année en France (15000 contre 400000 en INDE), la situation devient très tendue. Des chantiers d’évaluation des compétences internes aux entreprises, associés à une analyse fine des besoins, devraient être mis en place et des cursus de formation pourraient réduire l’écart entre les besoins et les ressources.
D’autre part, les séniors devraient voir leur carrière s’allonger .Ils devront aussi capitaliser leur savoir faire et en assurer la transmission. Enfin les entreprises vont se rapprocher des écoles d’ingénieurs pour les aider à recruter plus de candidats. Tous les acteurs publics ou privés de la formation doivent répondre présent et le cas échéant mutualiser leurs pratiques (évaluation des compétences, spécialisation des disciplines, productions d’outils pédagogiques, recherche d’expertise avec formalisation et transmission…).
Il serait en effet dommageable, pour notre pays, que le savoir faire acquis dans ce domaine depuis 60 ans disparût.
Si j’ai choisi cet exemple, c’est qu’il illustre bien tous les dangers d’une rupture de la chaine de production et de transmission du savoir opérationnel dans des secteurs où les projets se gèrent sur 30 ou 40 ans avec des temps de renouvellement longs et incertains, impactés par des évolutions technologiques.
La gestion du savoir opérationnel et des compétences induites ne peut plus être aujourd’hui dissociée de la stratégie des entreprises.

