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13 août 2007

 

Trois compétences fondamentales pour un entrepreneur

Comme je l’ai indiqué dans mon précédent Blog, je me propose d’expliciter les trois compétences fondamentales pour un entrepreneur ; compétences que j’ai exposées lors de mon intervention au troisième congrès national du Centre des Jeunes Dirigeants du Maroc.

« Exister dans la totale acceptation de son corps et de son esprit » est la première compétence que j’ai évoquée ; sa formulation peut sembler abstraite, voire philosophique, pourtant elle désigne la réalité la plus concrète qui soit. En effet entreprendre consiste, avant toute chose, à ressentir le développement de sa société dans son propre corps. Cela signifie que le dualisme Cartésien qui sépare le corps et l’esprit dans l’action, et met en avant la toute puissance de la raison calculatrice et objective, ne saurait rendre compte de l’activité fondamentale de l’entrepreneur. Ce dernier éprouve, au sens physique du terme, la destinée de son entreprise. Je sais gré aux professeurs de l’EM Lyon, Pancho Numes et Eric FAY d’avoir mis en avant cette idée dans un article des Echos du 21 juin dernier
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Cette mobilisation de l’être tout entier dans l’action avait été pressentie, il y a déjà de longues années, par le philosophe Edmund Husserl, fondateur de la Phénoménologie, au sens moderne du terme. Sans entrer dans le labyrinthe d’une théorie fort complexe, nous pouvons mentionner une donnée essentielle de la Phénoménologie pour notre propos. La relation avec autrui, décisive pour la création et le développement d’une entreprise, se fonde sur l’empathie avec les actions d’autrui. Quand nous voyons quelqu’un agir nous ne nous comportons pas comme de simples témoins visuels et intellectuels d’un corps étranger qui se meut. En fait nous voyons quelqu’un structurer ou transformer son monde parce que nous sommes, nous-mêmes, capables de structurer et de transformer notre monde par des actes.
Husserl avait donc compris qu’une organisation rationnelle, fondée sur la séparation du corps et de l’esprit « fait abstraction des sujets en tant que personnes porteuses d’une vie personnelle, abstraction de tout ce qui appartient à l’esprit, abstraction de toutes les propriétés culturelles qui échoient aux choses de la pratique humaine ».
Diriger c’est percevoir avec notre intelligence mais aussi avec notre sensibilité et nos émotions Les entreprises sont d’abord des aventures humaines Il n’y a pas d’existence, de vision, et de leadership sans perception sensible et contextualité de la réalité. Merleau Ponty le résume à sa manière : « c’est par mon corps que je comprends autrui, comme c’est par mon corps que je perçois les choses ».
J’ai insisté sur cette première compétence en constatant l’enthousiasme et l’esprit d’initiative des jeunes Marocains, bouillonnants d’énergie, mais parfois rebelles à la formation scolaire au sens strict.

Si ma deuxième compétence essentielle apparaît plus classique, elle n’en n’est pas moins de plus en plus difficile à développer.
En effet « posséder une vision stratégique de l’évolution du triplet marché, produit, technologie » relève de la gageure tant la complexité des environnements place nécessairement le stratège dans une perception et une rationalité très limitées par rapport au devenir de son entreprise.
Pour mieux appréhender la difficulté je me contenterai de rappeler quelques réalités connues et observables.
1. La pression de plus en plus forte des marchés financiers atteint la stabilité de secteurs entiers de l’activité économique et conduit à des reconfigurations de la concurrence mais aussi des relations clients-fournisseurs.
2. L’accélération des progrès techniques rend difficile toute prospective sur l’émergence de nouveaux produits et l’obsolescence des anciens.
3. La technologie est devenue un monde si vaste que nul stratège ne peut en concevoir toutes les évolutions à moyen terme et les effets sur les produits-services.

Néanmoins, malgré les limites évoquées, je persiste à penser que la construction d’une vision stratégique, même restreinte, du marché, des produits et des technologies d’une entreprise, doit demeurer une préoccupation constante pout tout dirigeant. Cette préoccupation exige une réelle compétence car elle fait appel à des facultés d’observation, d’anticipation et à la mobilisation d’une intelligence économique dont l’entrepreneur est le promoteur.

Quant à ma troisième compétence « mobiliser les ressources de l’entreprise par son leadership et la qualité des process mis en œuvre » elle se situe à mi-chemin entre le don inexplicable et l’apprentissage contrôlé. Que dire du leadership ? Sinon qu’il ne s’apprend pas mais s’améliore. En revanche la pertinence et la rigueur des process, construits par une entreprise, témoignent de la qualité des relations entre les hommes et de l’intensité de leur engagement.

Les jeunes dirigeants marocains qui organisaient ce forum ont réagi avec intérêt et pertinence à l’évocation de ces trois compétences essentielles, et, d’une façon plus générale, à mes propos. C’est en symbiose avec eux que j’ai pu développer ma conférence.
L’intelligence était dans ce congrès la complice de l’enthousiasme, de la bonne humeur et de la vie. C’est une belle leçon donnée par ce pays que d’avoir su mobiliser sa jeunesse dans l’aventure de la création d’entreprise et d’entrainer ainsi, dans une chaine vertueuse, d’autres jeunes afin de créer de la richesse.
C’est aussi une belle illustration du concept d’entreprise apprenante .Le savoir opérationnel s’assimile, se construit et s’enrichit aussi en situation de travail .Ce sont les vertus de la pédagogie par alternance qui permettent dans beaucoup de pays et principalement en France d’intégrer dans le tissu économique des milliers de jeunes sans qualifications. C’est une des externalités de notre métier dont nous pouvons être fiers.

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03 août 2007

 

RENCONTRES AU CONGRES NATIONAL DU CENTRE DES JEUNES DIRIGEANTS DU MAROC

Les 22 et 23 juin derniers se tenait le troisième congrès national du Centre des Jeunes Dirigeants du Maroc sur l’art d’entreprendre. Cet événement a connu un très grand succès puisqu’il a rassemblé plus de 1000 participants et mobilisé de nombreuses personnalités dont Monsieur Said Tahiri, Président du CJD Rabat et Directeur du développement de Demos Maroc. Les pouvoirs publics marocains se sont associés à cette manifestation à travers de nombreux partenariats et ont fortement contribué à valoriser la création d’entreprise.

En effet, au Maroc, pays à forte natalité, la création de petites entreprises est un facteur d’intégration sociale, de développement économique et de paix civile…L’entreprise devient alors un lieu privilégié de formation par le travail.

Plusieurs raisons concourent à cet état de fait.
- Tout d’abord, toute motivation professionnelle est liée à des résultats tangibles et observables. Cela signifie que toute ambition et toute espérance, dans le monde de l’entreprise, se trouvent nécessairement associées à la reconnaissance d’une réalité concrète et observable.
- Ensuite, la volonté, voire l’enthousiasme, d’être reconnue socialement se traduit par une activité d’apprentissage qui structure le devenir professionnel.
- Enfin, la diversité des relations et des liens que chaque acteur tisse chaque jour au sein de l’entreprise entretient l’esprit de curiosité et de découverte.

Ainsi le savoir opérationnel porte en lui une capacité, de la part des acteurs de l’entreprise, à produire des richesses visibles et une dynamique observable. C’est pourquoi son assimilation paraît « naturelle » par ceux qui le découvrent et l’utilisent. Il appartient, bien évidemment, aux entrepreneurs, par des actions de soutien, des processus de tutorat, d’encourager et de faciliter cette assimilation. Il convient de les sensibiliser et de les former à cette nécessité et à cette démarche si féconde pour le succès des entreprises.

C’est sur ce sujet que j’intervenais dans ce congrès pour faire part de mes convictions et de mon expérience. A cet égard j’ai voulu faire partager une idée qui me semble essentielle : la formation des dirigeants devient une condition indispensable pour rendre pérennes leurs entreprises et maintenir les emplois actuels et futurs.

Trois compétences se trouvent, à mon avis, au fondement de toute action dirigeante et entrepreneuriale.
1. Exister dans la totale acceptation de son corps et de son esprit.
2. Posséder une vision stratégique de l’évolution du triplet marché, produit, technologie.
3. Mobiliser des ressources par l’excellence du leadership et la qualité des process.

Je me propose dans mon prochain blog de développer la teneur de ces compétences fondamentales.

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01 août 2007

 

interfaces entre les mondes du savoir et les individus en situation professionnelle

Notre métier consiste à gérer, mais aussi à concevoir, des interfaces entre les mondes du savoir et les individus en situation professionnelle ; cela afin d’améliorer en permanence leurs compétences et leur discernement.
L’efficacité et la fécondité des interfaces, que nous proposons aux femmes et aux hommes en situation de formation, dépendent de l’organisation et de la mise en mémoire du savoir. Vaste question qui touche à son caractère accessible, à sa compréhension et à son assimilation.

Il s’agit de faire face à un triple défi.
1. Le stockage du savoir dans des mémoires numériques qui vont de loin dépasser la mémoire neuronale des acteurs individuels et collectifs.
2. La circulation accélérée de l’information, via les nouvelles technologies, qui nécessite des processus sophistiqués de tri et d’orientation.
3. Le partage des connaissances qui suppose l’existence et le développement de communautés dont les intérêts et les modes de coopération se diversifient.

Pour qu’un tel défi puisse être relevé, il importe de disposer de langages et de repères culturels qui permettent la diffusion des savoirs dans un processus de création de valeur.
Dès lors, notre intelligence ou notre capacité à comprendre et à interpréter les savoirs doit se concevoir et se manifester de manière collective.

Je sais gré au professeur Pierre Levy, titulaire d’une chaire de recherche en intelligence collective à l’université d’Ottawa, d’avoir su mettre en évidence la richesse et la nécessité d’une telle réalité. Mais avant d’évoquer les gains et bénéfices d’une construction collective de la connaissance, il nous faut revenir aux conditions qui favorisent la compréhension et le partage des connaissances.
Pour améliorer la productivité d’une économie du savoir, d’un « système cognitif global » porté par les nouvelles technologies, il devient urgent de structurer un langage commun afin d’optimiser le travail de recherche sur tous les thèmes envisageables, jusque là exprimés dans des langages différents.

Au XIXème siècle les scientifiques et bibliothécaires avaient établi par livre des fiches de description reprenant le titre, le contenu, l’auteur et sa référence. Les chercheurs disposaient ainsi d’une base de métadonnées qui permettaient de mieux naviguer dans l’océan du savoir.
D’une façon plus générale, la construction d’une langue logique universelle qui permette la traduction de toutes les connaissances exprimées dans des idiomes particuliers constitue une préoccupation permanente dans l’histoire de la philosophie et de la science.
Depuis la Caractéristique Universelle de Leibniz jusqu’à la Syntaxe Logique de Rudolf Carnap, en passant par L’écriture des Concepts de Gottlob Frege, logiciens et mathématiciens n’ont eu de cesse d’imaginer des langages formels qui servent de cadres de référence cognitifs, épistémologiques, aux innombrables formes d’expression des langues vernaculaires.
Sans entrer dans des détails qui nous éloigneraient trop de notre propos premier, il convient simplement de souligner le souci de nombreux chercheurs et scientifiques qui souhaitent, depuis fort longtemps, disposer d’un langage universel de la connaissance, d’une métalangue formelle qui réduise les approximations et les confusions sémantiques dues à la polysémie des langues naturelles.

Cette préoccupation se poursuit avec le projet de Pierre Lévy, et de certaines équipes de chercheurs : créer un métalangage, calculable et gérable par les ordinateurs, capable de décrire et de classer des concepts. IEML (Information Economy Meta Language) est un langage mathématique compréhensible par les machines qui en géreraient l’utilisation. Il faciliterait le partage et l’enrichissement collectif des connaissances et assurerait l’interface entre les savoirs et les langues maternelles. Il sera neutre pour l’utilisateur et nourrira son propre développement en fonction de leurs envies. Chacun pourra dans sa langue maternelle produire des métadonnées et les partager avec d’autres communautés scientifiques Avec cet outil mathématique le savoir se mouvra dans un espace géométrique, nouveau champ sémantique ou les métadonnées seront positionnées et ordonnées. L’intelligence collective coordonnera ces espaces et se servira des cartes géographiques du savoir pour naviguer.
Bien évidemment, un tel métalangage heurtera des limites puisque certaines de ses métadonnées nécessiteront, dans telle ou telle configuration, explications et réévaluations : ce qui supposera un méta- métalangage. Même si l’on sait qu’il n’existe pas de « langage ultime », mais une hiérarchisation ou un emboîtement infini de métalangues – qu’elles soient formalisées et informatisées ne change rien à l’affaire – IEML contribuera de façon significative au développement de l’intelligence collective qui peut devenir un facteur essentiel d’évolution de l’humanité.

En effet, les organisations et les entreprises par la maitrise de cette intelligence collective dynamiseront leur capacité d’innovation premier facteur endogène de croissance (confère blog du 2 janvier dernier) ainsi que leurs compétences collectives ; tous deux créateurs de valeur. Les Non Profit ou les ONG verront également leurs performances s’accroitre et leurs externalités sociétales mieux se diffuser. Plus généralement, tout individu aura la possibilité, avec l’accès immédiat aux savoirs construits collectivement, d être à la fois récipiendaire, utilisateur, et aussi créateur de richesses.

Nous sommes fiers par nos activités de formation de participer, à notre échelle, à la prise de conscience de ce phénomène, mais aussi à sa construction, grâce à notre capacité à mettre en forme les savoirs pour les rendre utilisables, compréhensibles, et partageables.

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