25 juin 2007
L’apport des sciences cognitives
La dynamique d’une « pensée buissonnière », selon les termes du professeur Alain Berthoz, s’appréhende à travers des réseaux de neurones enchevêtrés et des processus qui transgressent les divisions classiques du cerveau droit et du cerveau gauche, et leurs fonctions associées.
A cet égard, l’étude des activités cérébrales qui entrent dans les processus de décision révèlent l’interpénétration d’opérations jusque là dissociées.
« Une trop grande importance a été attribuée depuis un siècle à la fois au calcul probabiliste et au langage dans l’explication de la décision, c'est-à-dire le rôle du cerveau droit par rapport au cerveau gauche « dominant ».
Que l’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas d’une prise de position politique ; d’ailleurs, le cerveau gauche traite les données du monde visuel à droite et commande les membres droits, et le cerveau droit s’intéresse à ce qui se passe à gauche. »[1]
L’un des mérites principaux des travaux d’Alain Berthoz au Collège de France est d’avoir montré le rôle essentiel de l’inhibition dans les processus de décision qui ne peuvent, de fait, s’identifier à des mécanismes de calcul.
« Nous voyons apparaître de nouveau un concept fondamental pour comprendre les bases neurales de la décision, celui d’inhibition de comportements ou de solutions non désirées. Décider ce n’est donc pas seulement choisir de faire, c’est aussi choisir de ne pas faire, supprimer les actions non pertinentes. »[2]
Les processus cérébraux d’inhibition sont hautement complexes mais une découverte récente vient d’en montrer le caractère factuel. La protéine NpHR, issue d’une archéobactérie saharienne nommée Natronomonas Pharaonis injecte des ions de chlorure dans les cellules et les inhibe face à une lumière jaune. Cela ouvre la possibilité d’activer ou d’inhiber tout ou partie de groupes de neurones sous l’effet de la lumière et d’accroître notre connaissance des circuits neuronaux.
On peut même imaginer qu’une telle découverte nous aide à mieux décrypter les mécanismes physiologiques de l’apprentissage mais aussi ceux qui génèrent des troubles psychiatriques ou qui se trouvent à l’origine des dégénérescences cellulaires.
La découverte que nous évoquons est due au professeur Ed Boyden du MIT et à Karl Deisseroth de l’université de Standford, elle contribue à éclairer, un peu mieux, l’univers infiniment complexe du cerveau.
[1] Alain Berthoz La Décision Editions Odile Jacob.
[2] Ibid
Libellés : découverte, science, stratégie
15 juin 2007
L'océan du savoir
L’accélération de production de savoir se poursuit de façon impressionnante. Examinons quelques données à ce sujet.
Aujourd’hui il existe quatre formes principales de stockages de l’information sur notre planète ; la mémoire globale actuelle entre dans une période d’évolution et de croissance accélérée sans précédent.
1. L’information présente sous forme de textes, images, photographies sur papier, représente le plus ancien des supports. Son caractère analogique rend sa croissance faible et il sera de plus en plus dominé par d’autres types de supports.
2. L’information stockée sous forme de bandes magnétiques analogiques est appelée à disparaître en raison de la révolution du numérique.
3. En revanche l’information stockée sur les disques durs magnétiques des ordinateurs double en quantité tous les ans et va jouer un rôle de plus en plus important. Très bientôt, le total de l’information sur les disques durs sera supérieur au total de l’information portée par tous les papiers du monde.
4. Enfin l’information sur les supports optiques croît à un rythme aussi élevé que celle des disques durs.
Ces constats montrent que la mémoire de l’humanité entre dans une nouvelle ère où le papier sera très largement dominé et où le numérique aura supplanté l’analogique. La capacité globale de chacun des quatre types de support évoqués tourne aujourd’hui autour de 1020 octets. Quant à la mémoire humaine naturelle cumulée (mémoire neuronale), elle est évaluée à 1018 octets ; proportionnelle au nombre d’êtres humains elle ne croîtra presque plus.
Il s’agit donc de considérer le rythme fou d’accroissement des supports magnétiques et optiques qui vont largement dominer la mémoire de l’humanité.
Dans cette optique, et en considérant les différents supports, le monde a à faire face à un déversement continu de publications qui viennent grossir l’océan du savoir et augmenter les mémoires neuronale et « exosomatique » (extérieure au corps humain et propre à la technique).
Ces dix dernières années les Etats unis ont produits près de 3 millions d’articles scientifiques contre seulement 790 mille pour le Japon, 742 mille pour l’Allemagne, 660 mille pour l’Angleterre et 500 mille pour notre pays Mais si on ne considère que les communications de très haute qualité c’est l’Angleterre qui arrive au deuxième rang. Comme je l’avais déjà signalé, le Royaume Uni, notamment grâce à des processus d’évaluations et de partenariats permanents avec les entreprises, est devenu, par la qualité et la performance de son système de recherche, le second pays producteur de savoir au monde aujourd’hui.
C’est dans l’histoire de l’humanité une évolution aussi majeure que celle vécue au seizième siècle avec les grandes découvertes. Elles ne sont maintenant plus géographiques mais scientifiques. L’océan n’est plus rempli d’eau mais d’informations formatées. Les marins et capitaines s’effacent devant les chercheurs et pédagogues. Les découvertes du seizième siècle développèrent les échanges commerciaux, la spécialisation par pays et la division du travail qui furent les facteurs de déclenchement de la révolution industrielle portée et vécue par une main d’œuvre non qualifiée.
Aujourd’hui les découvertes scientifiques provoquent des changements technologiques qui ne peuvent être assumées que par du travail hautement qualifié. C’est la conclusion du rapport de l’OMC écrit conjointement avec le BIT sur ce sujet : « Commerce et Emploi, un défi pour la recherche sur les politiques » en février 20007 . Ce n’est pas la globalisation de l’économie qui serait à l’origine des inégalités salariales mais les changements technologiques qui requièrent des hauts niveaux de qualifications mieux rémunérés.
On mesure là encore l’enjeu de notre métier; assurer l’interface entre un monde du savoir qui croît et évolue de façon vertigineuse et l’individu en situation professionnelle.
Libellés : changement, savoir, stockage, technologie
12 juin 2007
Savoir et Politique
Au cours de ces derniers mois, j’ai montré la place et l’importance essentielles que prenait la formation dans notre économie contemporaine. Pour convaincre mes lecteurs de cette réalité je me suis appuyé sur des exemples aussi nombreux que divers. Je ne résiste pas à l’idée qu’il faille persévérer dans cette voie pour persuader les citoyens et les acteurs de la vie économique et sociale de l’ampleur des enjeux liés à l’économie du savoir, en général, et à la formation, en particulier.
Lorsque j’observe les réactions suscitées par l’initiative d’un ancien Premier Ministre, Jean Pierre Raffarin, pour nouer un partenariat entre l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris et son parti l’UMP, je constate combien les divisions traditionnelles des savoirs et des pouvoirs restent prégnantes dans notre société.
De fait, cette initiative était mue par la volonté et la nécessité de créer un Master de gestion politique pour améliorer les compétences des cadres de son parti, elle a généré moult réactions sur l’indépendance des universités vis-à-vis du pouvoir politique et frappé de suspicion une action vouée à l’apprentissage.
Indépendamment de la polémique, cet exemple met en évidence le besoin que manifestent aujourd’hui toutes les organisations de se servir de la formation pour améliorer leurs performances et favoriser l’innovation. Dès lors pourquoi ne pas profiter des réussites de certaines formes d’organisation en ce domaine ?
Chacun peut observer, facilement, combien la qualité du management représente un avantage compétitif pour les entreprises et combien il favorise la croissance. Aussi saisit-on mal les motifs qui empêcheraient les partis politiques de bénéficier de cette qualité. Comme ils ont en charge la réflexion notre modèle d’organisation sociale mais aussi sa réalisation et son pilotage, ils doivent pouvoir utiliser les savoir-faire des universités ou des organismes de formation dans le cadre contractuel des relations client-fournisseur.
L’accès à la gestion des compétences ne doit pas être réservé au monde des entreprises, elle peut singulièrement améliorer l’exercice des fonctions qui relèvent du pouvoir de l’Etat et qui interviennent dans les grands équilibres de la Démocratie.
Cela permettra aux mondes du savoir, de l’économie et de la politique de mieux se connaître à une période de l’histoire de l’humanité où le savoir immatériel devient le premier facteur de production ; savoir dont la maîtrise conditionne le devenir de nos Etats.
A cet égard, n’oublions pas le legs des penseurs et philosophes qui, depuis des millénaires, ont accordé au savoir une place prépondérante. Ainsi Platon, créateur de la première Académie qui, certes, célébrait le culte des muses mais dont le but premier était la formation d’hommes politiques capables de bien diriger la Cité.
Libellés : formation, politique, savoir, université

