07 février 2007
Le chemin de la paix passe par le développement économique
Le nouveau prix Nobel de la Paix, Monsieur Muhammad Yunus, inventeur du microcrédit, a déclaré que le chemin de la paix passait par le développement économique. Ce propos, émis lors de la cérémonie de remise du prix, a une portée bien plus forte que les réflexions de même nature développées par des économistes, ou des politiques, mus par des intérêts plus prosaïques.
En effet, Monsieur Muhammad Yunus a réussi, au long de sa vie professionnelle, à concilier des objectifs apparemment inconciliables : la recherche de la rentabilité économique et l’aide aux plus démunis. Autrement dit, il a prouvé, et non décrété, combien l’attention portée à la condition des hommes pouvait s’intégrer dans une économie de marché et contribuer à une pacification des rapports sociaux.
Son message a été mis en pratique par des acteurs de l’économie contemporaine, notamment Pierre Omidyar, fondateur d’eBay. A travers sa fondation, il finance, bien évidemment, des prêts pour alimenter le système des microcrédits mais aussi de nombreux projets éducatifs.
Par ailleurs, il soutient des appels à candidatures auprès des entreprises pour trouver, grâce à l’innovation et à la recherche, des solutions scientifiques et technologiques qui leur soient profitables.
Au regard de toutes ces réalisations, le nouveau prix Nobel de la Paix et ses émules constituent, à mes yeux, un bel exemple de promotion du savoir opérationnel dans sa contribution au Bien commun.
Or qu'entend-on exactement par micro-crédit ?
C'est un prêt de sommes modiques investies dans la création d'une petite entreprise "vivrière" (au sens agricole du terme, soit de subsistance).
Les principales caractéristiques de ce type de crédit sont un taux réduit, un plan de remboursement modulable et renégociable, des garanties limitées à la parole d'honneur de l'emprunteur et un accompagnement de l'entrepreneur pour qu'il mène à bien la réussite de la création de son entreprise.
Le micro-crédit n'est d'ailleurs pas propre aux pays du Tiers-Monde, pour les seules populations analphabètes ou sans formation professionnelle. En France, l'économie solidaire et des dispositifs comme l'AIRDIE ou France Active s'en inspirent.
L'objectif éminemment "vivrier" des projets micro-financés serait-il le seul critère discriminant du micro-crédit par rapport au "crédit bancaire classique" ?
Les caractéristiques citées plus haut sont elles discriminantes ?
Dans ce cas, un dispositif comme le PCE (Prêt à la Création d'Entreprise) mis en oeuvre par les banques française en collaboration avec la BDPME répondrait à la définition du micro-crédit ... ce qui n'est pas de notoriété publique, il faut bien l'avouer.
Il faut donc convenir que ni l'objectif vivrier, ni les caractéristiques pratiques ne définissent la singularité du micro-crédit.
D'ailleurs l'objectif vivrier qui préside à la création de ces TTPE n'est ni exclusif ni définitif et dans la typologie de M. MARCHESNAY, enseignant-chercheur à l'Université de Montpellier, on peut devenir que le développement venant un créateur micro-financé peut devenir aussi bien un entrepreneur de type CAP (à objectif patrimonial avec un souci de transmission) que de type PIC (à objectif de rentabilité financière avec un souci de réinvestissement).
Le micro-crédit n'affichant d'ailleurs pas plus de performances dans le développement de l'emploi si ce n'est celui de l'entrepreneur, on doit donc se résoudre que sa spécificité n'est ni dans sa nature, ni dans ses effets, ni dans sa clientèle.
Il pourrait donc bien se faire que sa singularité vienne de la philosophie de sa distribution et donc de celle de ses distributeurs, les banques de l'économie sociale et solidaire qui reviendraient aux fondamentaux de leur rôle d'intermédiaire en financement, loin des contraintes d'assureurs qu' imposent les dispositions du ratio Mac Donough aux banques signataires des accords de Bâle.
Foin de provisions ex ante pour des ratios prudentiels excluant le risque et foin des rentabilités imposées sur fonds propres dignes de pires junk funds !
Loin des contradictions paralysantes et monopolistiques des grands acteurs du financement, les banques du micro-crédit semblent ne penser qu'à une chose : la réussite de leurs clients.
Il y a effectivement quelque chose d'admirable à penser le monde autrement.
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